Il nous fallait presque quatre heures pour descendre de la montagne, grâce aux tortueux lacets que forme le chemin. Vers le soir, nous étions à Niurnja.
Nous avançâmes avec prudence, et reconnûmes bientôt que la ville était completement abandonnée.
Nous y entrâmes sans tirer un coup de fusil.
Je fis occuper par mes gens la Djami d’Haroun; cette mosquée occupe un point élevé, elle est isolée de toutes parts et entourée d’un rempart de pierre haut d’un mètre et demi et d’environ 100m2; tout cela en faisait un point admirable pour repousser une attaque.
Vers le soir un montagnard qui s’était glissé dans nos postes fut fait prisonnier. On me l’amena, mais comme il ne comprenait pas l’arabe, je lui fis demander par un interprète où s’était retiré Haroun. Je le rassurai sur son sort, lui promettant la liberté dès le lendemain matin. Il me dit alors qu’Haroun avait quitté Niurnja, le matin même, avec toute sa suite et s’était dirigé du côté de l’ouest, vers Abou Haraz.
Avant son départ, il avait fait cacher dans la montagne, à environ trois kilomètres de distance, les jeunes esclaves qui n’auraient pu supporter la marche, ainsi que les chevaux.
Comme je devais attendre les troupes de Fascher et de Kabkabia, qui auraient dû nous rejoindre ce jour-là et que, d’un autre côté, je ne pouvais songer à poursuivre Haroun, je promis à l’homme une bonne récompense s’il me conduisait à la «cachette» en question.
Au lever du soleil, je quittai le campement avec 100 hommes d’infanterie régulière et deux chevaux. Le guide marchait en tête, surveillé par deux soldats. Nous étions en marche depuis une demi-heure à peine quand tout à coup, j’entendis quelques coups de feu qui, isolés d’abord, ne tardèrent pas à se transformer en une véritable fusillade.
Les coups venaient du côté du campement. J’en conclus qu’Haroun avait rebroussé chemin pendant la nuit et surpris mes hommes.
Nous fîmes volte-face; au pas de course, nous atteignîmes la lisière de la vallée, et, comme j’étais à cheval et que je pouvais voir beaucoup plus loin que mes hommes, j’aperçus, à mon entière stupéfaction, des soldats combattant d’autres soldats.