Haroun avait également attaqué, pillé, puis brûlé le village de Tauera, qui appartenait au sheikh Meki el Mansour, et situé environ à six lieues. Il devait pour le moment occuper les alentours de ce village. Le sheikh lui-même, que je connaissais bien, n’avait échappé à la mort qu’à grand’peine.
J’ordonnai à ces gens de m’amener le sheikh Meki el Mansour et marchai sur Manoaschi.
Le soleil allait se coucher. Je fis sonner la halte et prescrivis aux hommes de se reposer, quand Meki se présenta à moi. Il était dans un fort piteux état et m’affirma qu’il ne lui restait pour tout bien que les habits qu’il avait sur le corps; et encore avaient-ils été déchirés en maint endroit par les épines et les ronces.
Je le priai de me raconter brièvement ce qui s’était passé.
Le sultan Haroun, me dit le sheikh, avait quitté Niurnja avec toutes ses forces, et était descendu dans la plaine, sur Abou Haraz, après une escarmouche avec la garnison de Kolkol. Celle-ci s’était retirée à Kabkabia, sans avoir éprouvé de pertes sérieuses. Je comprenais maintenant pourquoi nous l’avions attendue vainement à Niurnja. Le sultan s’était ensuite dirigé par la route de Dar Beni Halba et de Gebel Tadja directement sur Dara, où l’on ne fut informé de sa marche que quelques heures avant son arrivée.
Dans une attaque qu’il fit pendant la nuit, il fut, il est vrai, repoussé par la garnison de Dara; mais plusieurs des habitants de la ville furent tués, et parmi eux, Chater, un frère du vizir Ahmed Schetta. Beaucoup de femmes en outre furent faites prisonnières.
Le lendemain, Haroun marcha sur Manoashi qu’il détruisit presque entièrement. Les habitants eurent à peine le temps de prendre la fuite. De là, le sultan envoya un détachement sur le village de Tauera, qu’il livra aux flammes. Les femmes, arrêtées dans leur fuite, furent gardées comme prisonnières. Le sheikh Meki lui-même, qui me narrait ces évènements, fut blessé légèrement à la cuisse.
S’étant tenu caché dans les fourrés, il ne dut qu’à sa bonne étoile de s’en tirer vivant. Haroun devait se trouver à environ quatre milles au sud-ouest de notre position. Mais Ahmed Chadvin et Gebr Allah, qui n’avaient pas pu l’attaquer, avec leurs forces insignifiantes lors de son passage à Dar Beni Halba, le suivaient à distance avec leurs troupes, afin de pouvoir au moins faire parvenir à Dara et à Fascher des nouvelles des mouvements de l’ennemi.
Je leur envoyai aussitôt l’ordre de me rejoindre pendant la nuit même et invitai Meki à faire partir ses gens en éclaireurs, afin de savoir exactement l’endroit où campait Haroun.
Au lever du soleil, Ahmed Chadvin et Gebr Allah Agha arrivèrent avec 100 et quelques Basingers. Presque en même temps, on m’annonça que Haroun était déjà parti avec ses troupes et qu’il avait complètement abandonné son campement. Une femme de la tribu de Meki el Mansour, qui avait suivi les éclaireurs, nous raconta que le sultan Haroun, avant de partir, avait fait venir toutes les prisonnières.