Peu de temps après, nouvelles plaintes de la part des Arabes Habania. Les Gellaba que j’avais renvoyés avec leurs requêtes à Khartoum s’étaient rendus à Kallaka. Là, ils s’étaient entendus avec le Mamour de cette ville (percepteur des contributions), Ali woled Fadhl Allah, parent de Zogal bey. Le Mamour essayait, en dépit de mes ordres, d’extorquer aux Arabes, sous forme d’indemnité, le montant des prétentions des Gellaba. Ceux-ci avaient promis au percepteur la moitié de tout ce que les Arabes restitueraient par son entremise.
Je saisis cette occasion pour faire un nouveau voyage dans les districts du sud et me rendis à Kallaka, en compagnie des sheikhs qui étaient venus me porter leurs plaintes. Je passai par Nimer et Deen, où je rencontrai le grand sheikh des Risegat, Madibbo bey, qui avait là un pied à terre. Il me fit promettre mon intervention pour amener, lorsque je serais de retour, une réconciliation entre lui et Aagil woled el Djangaoui, avec lequel il avait de continuelles difficultés.
Deux jours après, j’étais à Tauvila, point central de Kallaka. Mon escorte ne se composait que de 40 cavaliers.
Ali woled Fadhl Allah ne fut pas peu effrayé de mon arrivée inattendue; il lui était impossible de nier le marché qu’il avait conclu avec les Gellaba et que les sheikhs lui reprochaient.
Je fis amener devant moi tous les Gellaba qui se trouvaient sans tasrich (passeport) à Kallaka.
En deux jours, cent vingt-quatre Gellaba se présentèrent et me déclarèrent simplement qu’ils ne voulaient pas rentrer pauvres dans leur pays.
Je leur demandai alors de quelle façon ils espéraient acquérir ici une fortune, puisqu’ils étaient arrivés sans le moindre pécule et que, légalement, ils n’avaient aucun droit à une indemnité pour leurs pertes, pertes fictives et qu’ils ne pouvaient pas prouver. Mais ils se turent tous et malgré mes questions réitérées ne purent trouver une réponse quelconque.
Je pris alors le parti de les expédier tous à Shakka chez le Mamour Hasan Agha qui, à son tour, avait ordre de les envoyer à El Obeïd. Je destituai Ali Fadhl Allah et le fis conduire, sous escorte, à Dara où il devait être puni pour abus dans l’exercice de ses fonctions.
Quelques-uns des marchands, établis dans la ville, vinrent me présenter leurs salutations et me remercier de mon intervention.
Les Arabes leur avaient, en réalité, rendu volontairement leurs femmes, leurs enfants et une partie de ce qui leur avait été enlevé autrefois. Ces marchands vivaient à présent dans les meilleurs termes avec les indigènes.