Dans sa jeunesse, il était venu au Caire. Depuis ce temps, il avait conservé un certain respect pour le Gouvernement, et plus tard, lorsqu’il embrassa le parti de Zobeïr et de son fils Soliman, ce respect persistait encore chez lui.

Quoiqu’il eut une situation brillante, il ne s’occupait guère de sa mère qui vivait à Dongola et avait près de soixante ans. En résumé, il était tout l’opposé d’Abd er Rauf Pacha.

Un jour que Gordon Pacha parcourait la province de Dongola, une vieille femme se présenta à lui: «Je suis, dit-elle, la mère de Nur Angerer, ton serviteur; et je te supplie de me venir en aide.»

—«Ton fils finira mal, lui répondit Gordon, à qui son entourage avait confirmé la vérité des assertions de la vieille, il te laisse dans la misère pendant qu’il vit dans l’abondance.»

—«Puisse-t-il quand même être heureux, je lui pardonne, reprit la mère.»

Gordon lui remit 1000 marks, sur sa propre cassette; et la vieille se retira, faisant des vœux de bonheur pour son fils et pour son généreux bienfaiteur.

Quand Nur Angerer comparut devant moi, je lui déclarai que je me voyais contraint de le renvoyer, avec ses adversaires, à El Obeïd; je n’avais, en effet, ni le temps ni le désir de poursuivre plus à fond un procès d’une telle étendue.

Je l’engageai à se reposer d’abord des fatigues de son voyage et lui assignai un pied-à-terre dans le voisinage de son ami Omer woled Dorho.

Le lendemain, nous étions alors en plein Ramadan.

Tandis que tout le Darfour gardait l’abstinence la plus complète, Nur Angerer seul négligeait absolument d’observer cette prescription religieuse. Il buvait à grands coups son «araki» et se faisait faire de la musique par les jeunes nègres qui sonnaient du cor et de la nugara, battaient du tambour de guerre, ces énormes instruments de cuivre qu’il avait apportés avec lui.