Je dus arrêter ces manifestations indécentes et lui fis entendre que, si pour moi personnellement, il était indifférent qu’il observât le Ramadan, je ne pouvais cependant admettre en aucune façon, qu’un musulman fonctionnaire du Gouvernement Egyptien, fut un pareil objet de scandale pour les habitants de Fascher.
«Je t’obéirai, répliqua-t-il, parce que tu es mon supérieur; quant au Ramadan, je ne l’ai jamais observé et ne l’observerai jamais. Laisse-moi boire; ce que le public dit de moi, m’est absolument indifférent.»
Je compris aisément à son langage que la boisson opérait déjà chez lui.
Je lui donnai l’ordre de rentrer à la maison et d’activer ses préparatifs du départ.
Deux jours après, il quitta Fascher, pour se rendre à El Obeïd.
A mon instigation, le Gouvernement le remercia de ses services!
Ali bey Chérif était parti, peu de temps après que j’eus pris en mains la suite de ses affaires. Je désirais avant tout faire une tournée d’inspection et comme je faisais mes préparatifs, j’appris qu’un combat avait eu lieu à Bir-el-Milh (le puits du sel) entre les Arabes de Mahria et les Bedejat.
Quelques jours après, Hassab Allah, le grand sheikh des Mahria, vint me confirmer le fait et déposa une plainte. Il était accompagné de tous les principaux chefs de la tribu.
Les Mahria, comme ils le faisaient chaque année, étaient allés à Bir-el-Milh par la grande route des caravanes, qui va du Darfour à Siout et qu’on appelle Darb el Arbaïn (le chemin de quarante jours) parce que le voyage dure quarante jours environ. Ils venaient pour y chercher du natron, substance qu’ils mêlent à la boisson de leurs chameaux et dont ils font aussi le commerce au Darfour.