Bir el Milh est situé au nord de Fascher, en plein désert; on met pour l’atteindre dix jours, pendant lesquels on ne rencontre ni eau, ni végétation.
Là, sur un sol pierreux, des amas considérables de natron, sont répandus de tous côtés, on les ramasse et on les charge sur les chameaux. Des puits, presque desséchés cependant fournissent encore une eau suffisante pour les caravanes.
Depuis des temps immémoriaux, les marchands du Darfour se servent de cette route, pour le transport des produits naturels aux puits de Legia, Bir Selima et Bir el Schebb, ainsi qu’aux oasis de Beris, et d’El Khayeh, et de là, à Siout. Lorsque le Gouvernement Égyptien prit possession du Darfour, les caravanes suivaient encore cette voie jusqu’à Siout; mais, un jour, quelques marchands qui allaient vendre des esclaves furent faits prisonniers. On instruisit leur affaire et ils furent condamnés à plusieurs années de bannissement; depuis ce temps, cette route fut abandonnée.
Dès mon arrivée à Fascher, j’avais adressé à cette occasion un rapport au Gouvernement, faisant ressortir que cette voie, la seule qui menait directement en Egypte, était de la plus haute importance pour le Darfour.
Par cette route, en effet, les produits indigènes, tels que l’ivoire, les plumes d’autruche, les peaux, l’erteb, (fruits séchés du tamarinier), le senna-mekka, peuvent être expédiés à Siout à dos de chameaux—cet animal abonde dans le pays—et sans qu’on soit obligé de les décharger en route. La voie de Fascher, El Obeïd et Khartoum est non seulement beaucoup plus longue, mais encore plus coûteuse, en raison des fréquents changements de moyens de transport, ce qui naturellement augmente le prix de ces produits.
Le Gouvernement prit en considération mon rapport et rouvrit la route aux caravanes, en me rendant toutefois responsable, de ce qui pourrait arriver, si cette route était utilisée pour la traite des nègres. Dès que l’autorisation me fut parvenue, j’équipai une caravane d’environ 800 chameaux; sous la conduite et la garde de Mohammed woled Idris et de ses parents, cette caravane se rendit à Khartoum, par la route en question, et de là, atteignit sans incident Siout.
Mais revenons aux Mahria.
Ils avaient été attaqués, dans les plaines à natron, à Bir el Milh, par les Bedejat, cette tribu dont nous avons parlé déjà et qui habite le nord et le nord-est du Wadai et vit en inimitié avec toutes les autres tribus. Les Mahria surpris s’étaient défendus vaillamment; mais avaient cependant été battus; leurs chameaux, au nombre de plus de 1500, furent enlevés; 160 Arabes libres avaient été faits prisonniers et le nombre des morts était considérable.
Déjà au temps des rois du Darfour, ces tribus avaient soutenu maints combats, et il avait été convenu que les prisonniers pouvaient être rachetés moyennant une rançon, fixée à un nombre de chameaux variant de dix à quinze, par homme.
Les Bedejat n’avaient jamais payé aucune redevance au Gouvernement; cependant comme ils relevaient du Gouvernement du Darfour, le sheikh des Mahria, Hassab Allah, et les principaux chefs me supplièrent d’intervenir en leur faveur pour qu’on leur rendit les prisonniers et les chameaux.