La demande des Mahria me convenait parfaitement puisque j’avais l’intention d’aller visiter la partie occidentale du Darfour.

Je leur promis donc mon assistance, à la condition qu’ils me prêteraient leur concours.

J’exigeai d’eux 150 chameaux de charge, pour transporter le blé, de l’eau, et cinquante paires de suga (outres en peau de bœufs), car les puits des Bedejat sont quelquefois éloignés les uns des autres de plusieurs journées de marche.

Les Mahria consentirent avec joie à m’accorder ce que je leur demandais; nous primes rendez-vous en un point situé au nord-ouest de Kabkabia, dans l’un des villages appartenant à Mélik Hager, prince de la tribu des Zagawa.

Mes préparatifs furent bientôt terminés. Au milieu de décembre 1881 je quittai Fascher avec 200 fantassins et 300 cavaliers irréguliers des Sheikhiehs, placés sous les ordres d’Omer woled Dorho.

En raison de la querelle de Madibbo et de Aagil, Omer avait été envoyé par l’ordre de Ali bey Chérif à Shakka. Là, il s’était livré aux plus criantes injustices; aussi l’avais-je destitué, et expédié à Khartoum. Comme la cavalerie irrégulière stationnant en garnison à Fascher appartenait en majorité aux Sheikhiehs et était composée surtout des parents d’Omer, je crus devoir remettre à celui-ci le commandement de la cavalerie, d’autant plus qu’il promettait de s’amender et qu’il m’avait donné quelques preuves démontrant qu’il avait été contraint par Ali bey lui-même d’agir comme il l’avait fait, les sommes d’argent qu’il extorquait étant exigées par Ali bey.

Pendant la première nuit, nous campâmes près d’un puits nommé Migdob, entre Fascher et Kobbe.

Après le coucher du soleil, je fis une promenade jusqu’à cinq cents pas environ du puits. Seul, un jeune nègre m’accompagnait.

Personne ne pouvait me reconnaître: mon uniforme était à peu près semblable à celui des soldats et la nuit était très sombre. Au puits, je rencontrai des femmes qui puisaient de l’eau au moyen du «dellu» (sorte de seau en cuir qui est attaché à un crochet). Quelques Sheikhiehs vinrent pour faire boire leurs chevaux. Ils demandèrent brusquement le seau; les femmes le leur refusèrent.