Les Zagawa dépendent de Salih et de son voisin, le sultan Rakeb; ils sont apparentés aux Bedejat. La mère de Salih et de Kadiga appartenait même à la tribu des Bedejat et son frère était un de leurs chefs. Informé de cette parenté, j’avais déjà invité Salih à user de son influence sur les Bedejat, pour les amener à rendre aux Mahria les prisonniers et le butin qu’ils leur avaient enlevés, lui déclarant qu’en cas de refus je me verrais contraint de recourir à la force.

A mon arrivée à Kamo, Salih m’apprit qu’il avait transmis mes intentions et mes désirs aux Bedejat et que leurs chefs viendraient le lendemain m’assurer de leur soumission. Il me pria donc de les attendre.

Cette nouvelle me réjouit beaucoup, puisqu’elle me permettait d’espérer rentrer dans peu de temps à Fascher. Je fis annoncer aux Bedejat que j’étais prêt à une entente amiable avec eux et les priai de se mettre en route sans retard; en même temps, je leur faisais part de la déclaration de Salih, affirmant qu’ils reconnaissaient mon autorité.

Les Bedejat et la tribu du Koran ou Tibbu qui les avoisine, sont, avec les Midob de l’est, les seules tribus du centre de l’Afrique qui, quoique entourées de musulmans, ont conservé leurs coutumes païennes.

Leurs chefs répondent, il est vrai, lorsqu’on les questionne sur leur confession par le «Lâ ilaha ill Allah» avec «Mohammed Rasul Allah»; mais, c’est tout, car ils n’ont aucune connaissance du Coran.

C’est sous les grands arbres touffus nommés hegli (balanites egyptiaca) plantés dans un sol malheureusement recouvert de sable et soigneusement entretenus qu’ils adressent leurs prières à une force inconnue, lui demandant de les protéger et de les préserver du malheur. Ils ont leurs fêtes religieuses; pour les célébrer, ils se rendent sur le sommet des montagnes, et là ils immolent à leur divinité des animaux de leurs troupeaux. Les hommes sont d’un beau noir, bien bâtis, élancés pour la plupart; l’expression animée de leur visage, la forme régulière de leur nez et la noblesse de leur bouche, les rapprochent plus des Arabes que des nègres. Parmi les femmes qui se distinguent surtout par leur chevelure longue et épaisse, on trouve de réelles beautés, qui ne craignent pas la comparaison avec les femmes du plus haut rang des tribus libres des Arabes.

Les hommes et les femmes sont vêtus de peaux de bêtes qu’ils portent nouées autour des reins. Les chefs importants toutefois portent des chemises flottantes ou des robes de coton du Darfour.

Le blé est presque inconnu. Leur nourriture est simple. Elle se compose de grains de courge sauvage, écossés, que l’on fait macérer dans l’eau pour en diminuer l’amertume et que l’on réduit en farine; mélangée aux dattes, cette farine, cuite avec du lait, forme une bouillie; leurs nombreux troupeaux leur fournissent la viande ...... et c’est là leur nourriture.

Leur droit de succession est très originalement conçu. Du lieu d’enterrement, ordinairement éloigné, les fils qui viennent d’accompagner leur père à sa dernière demeure, courent à un signal donné vers la maison paternelle. Celui qui arrive le premier et plante son javelot dans la maison, est déclaré héritier principal. Il a droit non seulement à la plus grande partie des troupeaux, mais encore aux femmes de son père, à l’exception de sa propre mère.