D’accord avec Salih, je choisis l’emplacement des arbres hegli, comme lieu d’entrevue, et le priai de me servir d’interprète.
Je fis transporter une tente à 500 mètres environ du lieu convenu et y passai la nuit.
Le lendemain matin, j’avais fait former en bataille sur un front très étendu mon infanterie et ma cavalerie, quand Salih Dunkousa vint me demander l’autorisation d’amener les Bedejat.
Je les attendis en compagnie de mes officiers et du sandjak Orner woled Dorho, à une centaine de pas du front des troupes. Nous étions à pied; mais derrière nous, les domestiques tenaient nos chevaux en main.
Les chefs des Bedejat parurent, conduits par Salih. Ils saluèrent plusieurs fois, croisant les bras sur la poitrine, et s’inclinèrent profondément; Salih leur avait sans doute donné quelques leçons. Leur interprète me transmit leurs salutations. Je fis alors étendre des tapis et les invitai à s’asseoir; mes compagnons et moi, nous prîmes place sur des chaises de campagne. On leur présenta de l’eau sucrée et des dattes. La collation terminée, les négociations commencèrent.
Les quatre sheikhs Bedejat étaient des nègres, élancés, jeunes et vigoureux, la figure plutôt sympathique. Ils portaient de larges chemises rouges et de petits turbans que leur parent Salih, leur avait probablement prêtés. Chacun d’eux avait une épée munie d’une poignée à croisillons.
J’ai retenu leurs noms: Gar en Nebi, Bosch, Omer et Kourou Kourou. Leur escorte était composée de soixante-dix hommes environ et se tenait à quelque distance derrière eux; les hommes de l’escorte étaient vêtus de chemises rouges en coton ou de peaux.
L’interprète était assis par terre dans l’espace resté libre entre moi et les sheikhs. Salih Dunkousa avait pris place près de lui.
Celui qui désirait parler appelait l’interprète, disant «kursi sellem»; il répondait alors «sellem» déclarant par là qu’il était prêt à écouter et à traduire.
Après les salutations d’usage, Gar en Nebi, le plus important et le plus âgé des quatre sheikhs parla ainsi: