«Nous sommes disposés à exécuter tes ordres, mais nous te ferons remarquer qu’il nous faudra beaucoup de temps pour rassembler les chameaux qui sont à présent dispersés de tous côtés. Au contraire, il nous est très facile de te remettre les prisonniers qui se trouvent en des endroits parfaitement déterminés.»
«Faites votre possible pour terminer au plus tôt cette affaire. Je vous faciliterai l’exécution de mes ordres et pour cette année vous abandonnerai le montant du tribut qui va être fixé.»
Visiblement heureux, tous me remercièrent; je les invitai à passer la journée du lendemain chez Salih Dunkousa, que je chargeai de les héberger. Je remontai à cheval; mes compagnons firent de même et mes hommes, pour célébrer l’heureuse issue de notre entrevue, tirèrent trois salves, au grand effroi des Bedejat auxquels nos armes à feu étaient inconnues. Je fis rentrer mes troupes et priai Salih de m’amener au camp le lendemain à la même heure ses hôtes et leur escorte. Puis je me pris à réfléchir à ce qu’il convenait de faire.
Je ne pouvais prolonger mon séjour à Kamo jusqu’au moment où les Bedejat auraient délivré les prisonniers et restitué la moitié des chameaux. Il me fallait donc trouver un moyen de retourner à Dara, sans compromettre cependant le succès de l’expédition.
Quand Dunkousa arriva le lendemain au camp, amenant les Bedejat, je les saluai amicalement et leur demandai s’ils avaient expédié l’ordre de délivrer les prisonniers et de ramener les chameaux. Sur leur réponse négative, je leur déclarai qu’il m’était impossible d’attendre l’exécution de mes ordres. Gar en Nebi chercha à me radoucir:
«Maître, dit-il, nous sommes venus pour obéir à tes ordres. Retourne chez toi. Par l’intermédiaire de Salih Dunkousa, nous remettrons au sheikh Hassab Allah, qui est son hôte, les prisonniers et les chameaux.»
«Je vous ferai une autre proposition, lui répondis-je. Je suis persuadé de votre fidélité et de votre franchise; pourtant, je désire vous connaître un peu plus et plus personnellement.»
«Je vous l’ai dit, mon séjour ici ne saurait se prolonger, eh bien, tous les quatre, vous et les autres sheikhs des Bedejat, venez avec moi à Fascher. Le reste de vos gens retournera dans votre pays et y accomplira mes ordres. Dès que je saurai que tout sera parfaitement exécuté, vous pourrez partir et retourner chez vous, comblés de présents. La proposition que je vous fais est très avantageuse pour vous; vous n’avez encore jamais vu Fascher. En y venant, vous connaîtrez le siège du Gouvernement et pourrez apprécier la force dont il dispose. Je suis d’ailleurs persuadé, que, comme Melik Salih, vous êtes de mon avis et que vous vous rendrez à mes désirs.»
Salih Dunkousa appuya aussitôt ma proposition, déclarant qu’il avait visité autrefois Fascher. Les sheikhs Bedejat firent bonne mine à mauvais jeu et, après un conciliabule assez long, se déclarèrent prêts à partir pour Fascher.