Je les engageai donc à désigner immédiatement ceux qui devaient aller chercher les prisonniers et les chameaux, et les ramener à Salih; et, comme il était de leur propre intérêt que tout fut accompli le plus vite possible, ils désignèrent ceux de leur suite qui étaient le plus à même de mener à bien cette affaire. Ils ne gardèrent avec eux que six hommes qui devaient les accompagner à Fascher.
Salih m’informa que chacun d’eux désirait, suivant la coutume, prêter serment de fidélité.
Je me montrai disposé à recevoir le serment et m’apprêtai à la cérémonie.
On plaça une selle sur le sol au milieu de l’assemblée; sur cette selle on déposa une petite cuvette d’argile remplie de charbons ardents et une lance. Les sheikhs des Bedejat assis avec les chefs de leur escorte étendirent les mains vers ces objets et prononcèrent l’un après l’autre solennellement la formule suivante: «Que jamais plus ma jambe ne touche la selle, que mon corps soit atteint par un fer mortel, qu’il soit consumé par un feu ardent, si je ne reste pas fidèle à la parole jurée!»
Qui n’eût cru à leurs promesses, après un tel serment spontanément offert?
Je quittai Kamo, dans l’après-midi, après avoir recommandé à Salih et à Hassab de m’aviser de l’accomplissement de la mission des Bedejat.
J’avais hâte d’arriver à Fascher, et je laissai en arrière les Bedejat et l’infanterie, en donnant à mes officiers l’ordre formel de veiller à ce que les sheikhs fussent traités avec les plus grands égards.
Suivi d’Omer woled Dorho et de ses cavaliers, je me dirigeai à marche forcée sur Fascher.
Là, j’appris qu’Emiliani dei Danzinger était mort subitement à Shakka. Il souffrait, à ce qu’il m’avait dit lui-même autrefois, d’une maladie de cœur; cette maladie devait l’emporter.