Ses gens, surpris d’une mort aussi foudroyante, craignant d’être accusés de l’avoir empoisonné, transportèrent le corps, à dos de chameau, jusqu’à Dara où ils arrivèrent en deux jours. Le pharmacien de l’endroit, qui remplissait aussi les fonctions de docteur, fit l’autopsie, et constata une mort naturelle. Emiliani fut enterré à Dara. Je fis ériger plus tard un monument en souvenir de ce pauvre garçon, enterré en terre étrangère.

Là aussi, me furent remis les rapports sur les troubles qui avaient éclaté à Shakka; ma présence à Dara devenait indispensable, les nouvelles du Kordofan et de Khartoum annonçaient également quelques troubles. On était persuadé pourtant, dans les cercles du Gouvernement, qu’une expédition militaire suffirait pour étouffer aisément tous ces mouvements.

Les sheikhs des Bedejat et l’infanterie arrivèrent sans incident, peu de jours après nous, à Fascher. Je leur fis rendre les honneurs militaires; on tira même un feu d’artifice. Le moudir avait charge de les héberger.

Lorsque les hommes et les chevaux furent reposés de leurs fatigues, je partis pour Dara, escorté par Omer et ses deux cents cavaliers. Le moudir, commandant Saïd bey Djouma, me remplaçait à Fascher.


CHAPITRE IV.

Soulèvement du Mahdi.

Jeunesse de Mohammed Ahmed.—Tarikas religieux.—Lutte de Mohammed Ahmed contre son supérieur religieux.—Son séjour à l’île d’Abba.—Abdullahi et Taashi.—Débuts d’Abdullahi, racontés par lui-même.—Mécontentement général dans le pays.—La tentative de faire prisonnier Mohammed Ahmed à Abba échoue.—Fuite du Mahdi (Higra) au Gebel Gedir.—Il nomme ses califes.—Défaite de Rachid bey.—Anéantissement de Youssouf Pacha el Shellali et de ses troupes.—Suites de la victoire du Mahdi au Kordofan.—La révolution s’étend vers le Nil Bleu.

Les troubles suscités par celui qu’on a nommé d’abord le Derviche, et plus tard le Mahdi, Mohammed Ahmed ibn (fils de) Abdullahi, troubles dont la première nouvelle m’avait été apportée par un télégramme cité plus haut (pages 157 et 158) étaient des plus inquiétants.