Les femmes se mettaient alors à chanter et Shapo et ses hommes accomplissant des prodiges de valeur, amenèrent sains et saufs les fugitifs à Bara.

Bara elle-même fut attaquée. Les rebelles furent d’abord repoussés, mais la place finit par être complètement cernée par un nombre considérable de partisans du Mahdi (Ashab el Mahdi) sous les ordres du sheikh Rahme.

Mohammed Pacha Saïd envoya contre les Arabes, postés près de Kasgel, un bataillon d’infanterie régulière et un grand nombre d’irréguliers, mais ces troupes éprouvèrent des pertes si considérables que leur victoire ressemblait fort à une défaite.

Les Arabes, qui s’étaient de nouveau rassemblés, attaquèrent Birket; là presque tous les hommes de la garnison, au nombre d’environ 3000, furent massacrés. Shatta, village situé sur le Nil Blanc, fut également surpris, et 200 hommes y perdirent la vie. Enhardis par ces succès, les rebelles se risquèrent à attaquer la garnison de Douem; mais là ils furent repoussés, et perdirent 2000 hommes.

Pendant que le Kordofan était le théâtre de tous ces drames, des émissaires du Mahdi allaient soulever la population du Ghezireh contre le Gouvernement.

Sennaar fut attaquée et bloquée par les tribus arabes du voisinage, les Djihena, les Abou Rof, Agaliin, Kauasma, Hammada, etc.

Le sandjak Salih bey woled el Mek réussit avec quelques centaines de Sheikhiehs à délivrer la ville.

Abou Haraz, sur le Nil Blanc, s’était soulevée; Giegler qui remplissait les fonctions de Gouverneur général depuis le rappel de Abd er Rauf Pacha, s’y rendit par bateau à vapeur en compagnie de Melik Youssouf woled El Mek Mohammed, le roi des Sheikhiehs.

Dès son arrivée, Giegler ordonna à Melik Youssouf d’attaquer les rebelles, malgré l’infériorité de ses forces. Melik Youssouf exécuta avec une obéissance toute militaire les ordres de Giegler; mais voyant ses gens faiblir, et trop fier pour fuir, il mit pied à terre et, assis sur une farroua (peau de chèvre sur laquelle on se place pour prier), attendit tranquillement la mort.