Mon arrivée à Dara.—Troubles à Shakka.—Méfiance à l’égard de Zogal bey.—Retour à Fascher.—Mon impopularité auprès des officiers.—Troubles à Omm Shanger.—Au quartier général de Dara.—Plaisanterie de femme et ses conséquences.—La tribu des Maalia.—Le sheikh Madibbo menace Shakka.—Défaite de Mansour Hilmi.—Commencement de la lutte contre les tribus arabes du sud.—Attaque nocturne du camp de Madibbo.—Lâcheté de Mansour Hilmi.—Courageuse résistance d’Ali Agha.

Comme je l’ai dit plus haut, je m’étais rendu à Dara avec Omer woled Dorho et ses 200 chevaux et en outre une escorte de 150 cavaliers réguliers, en tout 350 hommes.

Le pays étant tranquille, un pareil déploiement de forces était absolument inutile; pourtant j’étais bien aise de montrer aux tribus arabes que nous avions assez de soldats pour parer à toute éventualité. Je fis une visite à l’endroit où était enterré le pauvre Emiliani dei Danzinger et lui fit ériger un monument funéraire. Mohammed bey Khaled, plus connu sous le nom de Zogal bey, était alors vice-gouverneur et, en cette qualité, administrait les affaires de Dara.

Les tribus des Arabes du sud, les Habania, les Risegat et les Maalia étaient prêtes à se soulever. On tenait chaque jour des assemblées et l’on y racontait que le Mahdi avait été envoyé par Dieu pour délivrer l’humanité de tous ses maux et rétablir la religion; et, que les derviches, armés de simples sabres de bois, avaient remporté d’innombrables victoires sur les troupes du Gouvernement.

Emiliani que j’avais délégué à Shakka, peu avant sa mort, fatigué de la lutte interminable qui existait entre les deux sheikhs des Risegat, Madibbo et Aagil woled el Djangaui, avait mis hors de cause les deux compétiteurs et conféré ces fonctions à Munsel qui, quelques années auparavant, avait déjà été grand sheikh.

Madibbo blessé de cette décision, retourna dans sa tribu, chez les Aulad Mohammed, qui pendant la saison d’été se cantonnent dans leurs pâturages du Bahr el Ghazal, comme tous les autres Arabes Risegat.

C’est là que je lui écrivis en même temps qu’à Aagil, les invitant à surveiller leurs hommes et à tenir la main à ce que les assemblées suspectes dont on m’avait parlé n’eussent plus lieu à l’avenir. Par la même lettre je demandais à Madibbo dont l’influence sur les Arabes était considérable de venir conférer avec moi sur ses affaires personnelles et sur celle de sa tribu.

Ces lettres étaient en route quand j’appris que les Arabes de Shakka se montraient de plus en plus menaçants et que les 40 soldats envoyés par Emiliani à Shakka et qui devaient servir à aider le grand sheikh dans la perception du tribut avaient été forcés de battre en retraite.