«Bien; mais entre nous, qui t’a envoyé ici? Le calife ou bien Yacoub?»
«C’est un secret, reprit-il en souriant; en réfléchissant à ta comparution d’hier, chez le calife, tu peux aisément résoudre ta question.» Puis il ajouta, non sans ironie:
«Le maître t’aime tant, qu’il veut sans doute t’avoir plus près de lui encore; deux cents pas à peine sépareront vos habitations respectives! Eh bien, quand puis-je occuper ta demeure?»
«Ce soir, j’aurai déménagé, répliquai-je; le seul travail consiste à transporter mon blé et le foin pour mon cheval et pour mon âne. Ma nouvelle maison n’est-elle pas inhabitée?»
«Certainement; j’ai donné ordre de la nettoyer; je vais prendre les mesures nécessaires tandis que, de ton côté, tu te mettras aussitôt à l’ouvrage. Espérons que la nouvelle te portera plus de chance que l’ancienne,» murmura-t-il, en s’éloignant.
Le calife venait donc ainsi de me donner publiquement une nouvelle preuve de méfiance, puisqu’il voulait m’éloigner de ses magasins contenant les armes et les munitions que j’aurais occupés, au cas d’une attaque, ainsi qu’il se le figurait. J’appelai mes gens et nous commençâmes à déménager.
Les malheureux, je parle de mes domestiques, maudissant le calife appelèrent sur lui la colère divine. Ils demeuraient là depuis des années; c’était leur doux nid, cette maison; de leurs propres mains, ils avaient creusé un puits profond de seize mètres environ, ils avaient planté des citronniers, des grenadiers qui justement allaient porter des fruits!
Ce changement me touchait fort peu, en somme. Que de fois j’avais prié Dieu de me fournir une occasion de pouvoir quitter cette maison.