«Prends ceci, me dit-il d’un ton sévère; examine-le!»

Je pris l’objet en question: c’était un anneau en laiton d’environ quatre centimètres de tour; une petite capsule de la forme et de la grosseur d’une cartouche de revolver, y était adaptée. On avait essayé de l’ouvrir et je vis clairement qu’elle contenait un papier.

Le moment était très peu agréable pour moi:

Etait-ce une lettre à mon adresse; venait-elle de ma famille ou du Gouvernement égyptien; le messager avait-il été découvert et arrêté? Mauvaise affaire! Je m’efforçai cependant de paraître très calme. On me tendit un couteau: j’ouvris à moitié la capsule; j’en sortis le papier, réfléchissant à ce que j’allais dire. Par bonheur, je n’eus besoin de rien inventer; je dépliais le papier sur lequel étaient écrites en allemand, en anglais, en français et en russe, les lignes suivantes: «Cette grue est née et a été élevée dans ma propriété d’Ascania-Nova, Gouvernement de Tauride, Russie méridionale. Prière de m’informer où cet oiseau a été pris ou tué. Septembre 1892. Fr. Falz-Fein.»

Je respirai.

«Eh! bien, demanda le calife, quelles nouvelles contient ce papier?»

«Maître, répondis-je, cet anneau a été suspendu au cou d’un oiseau et celui-ci a été tué. Son possesseur vit en Europe; il demande qu’on veuille bien lui faire savoir où cet oiseau a été pris ou tué.»

«Tu as dit la vérité, reprit le calife d’un ton plus amical; un Sheikhieh a tué l’oiseau près de Dongola; il a remis cette capsule à l’émir Younis woled ed Dikem, dont le secrétaire ne lit pas l’écriture des chrétiens. Il me l’a fait parvenir. Répète, qu’y a-t-il sur le papier?»

Je traduisis mot à mot et essayai, sur son désir, de lui expliquer la situation de la Russie ainsi que la distance qui nous séparait de ce pays.

Mais il conclut, disant: