«C’est là encore une des nombreuses machinations infernales des infidèles qui usent leur vie avec de telles inutilités; un mahométan sincère ne tenterait jamais pareille chose!»
Je remis au secrétaire la capsule et le papier et m’éloignai, répétant: «Ascania-Nova, Tauride, Russie méridionale, Falz-Fein.»
Les moulazeimie qui montaient la garde, inquiets de ma comparution devant le calife se réjouirent en me voyant sortir, presque joyeux.
Je me dirigeai vers ma demeure, murmurant toujours le contenu du papier, me promettant, si jamais j’étais libre, d’avertir le possesseur de la grue du sort qu’elle avait eu et des moments pleins d’angoisse qu’elle m’avait fait passer.
Ainsi qu’on le lui avait ordonné, Mahmoud Ahmed était arrivé à Omm Derman avec toutes ses troupes disponibles, environ 5000 hommes, du Darfour où il n’avait laissé que les garnisons absolument nécessaires. Il établit ses quartiers au sud de la ville, à Dem Younis. J’eus de nouveau de pénibles journées à supporter. Le calife, que la passion des manœuvres avait repris, mais qui n’était point apte à diriger des troupes aussi nombreuses, me rendit responsable de tout, en ma qualité d’adjudant et m’accusait invariablement, à la fin de chaque journée, d’incapacité, de mauvaise volonté.... Enfin, Mahmoud Ahmed rentra au Darfour avec ses troupes qui prêtèrent serment et qui reçurent.... des gioubbes toutes neuves.
Le calife dirigea son attention sur les provinces équatoriales; Haggi Mohammed Abou Gerger y était comme chef résident.
Le calife envoya à Redjaf deux vapeurs portant 300 hommes, sous le commandement de son parent Arabi Dheifallah, avec mission de destituer Gerger et de le jeter en prison; en même temps, il ordonna de mettre aux fers Mohammed Khalid et de l’envoyer en exil à Redjaf. En somme Dheifallah devait agrandir le territoire des Mahdistes et envoyer à Omm Derman des esclaves et de l’ivoire.
Pendant les préparatifs de l’expédition de Dheifallah, le calife avait fait venir à Omm Derman Zeki Tamel sous le prétexte de discuter avec lui sur les opérations à entreprendre contre les Italiens.
En réalité, et comme nous l’avons vu, plaintes sur plaintes étaient parvenues au calife par ses émirs, les unes justifiées, les autres inspirées par Ahmed woled Ali qui briguait pour lui-même le commandement suprême et excitait les émirs par des promesses à s’efforcer d’obtenir la déposition et si possible la condamnation de leur commandant.