Quatre jours après le départ d’Arabi Dheifallah, Zeki arriva à Omm Derman avec les émirs qu’il croyait lui être dévoués, après avoir nommé Ahmed woled Ali pour le remplacer et lui avoir ordonné d’attendre son retour dans le Ghedaref. Zeki fut reçu par le calife avec des marques d’amitié hypocrites; mais son jugement était depuis longtemps prononcé.

Quelques jours plus tard, Ahmed woled Ali arriva aussi à Omm Derman, malgré la défense que lui en avait faite Zeki, avec tous les émirs restés dans le Ghedaref. Ils furent, à plusieurs reprises, reçus secrètement par le calife et lui donnèrent les preuves de l’infidélité de Zeki.

Ils appuyèrent sur ce fait, qu’il n’avait pas suivi les ordres du calife de rendre aux émirs les biens qui leur avaient été pris, mais qu’il en avait détourné une forte partie pour s’attacher complètement ses soldats, afin qu’ils ne l’abandonnâssent pas dans l’accomplissement de son désir d’indépendance.

Le calife prit conseil de son frère Yacoub; ils tombèrent à la fin d’accord de rendre une fois pour toutes incapable de nuire, Zeki dont la simple privation du commandement n’amènerait aucune tranquillité durable à cause du grand attachement de ses soldats pour lui. Le lendemain matin, Zeki, qui ne soupçonnait rien, et qui, se vantant hautement des grands services qu’il avait rendus autrefois, s’attendait de la part du calife à un sérieux avertissement suivi de pardon, fut attiré, sous prétexte d’un entretien, dans la maison de Yacoub. A son entrée, quatre hommes qui se tenaient cachés l’attaquèrent par derrière et le jetèrent sur le sol. On lui enleva son sabre et on lui lia les mains. Zeki s’était fréquemment exprimé avec mépris et dédain sur le compte de Yacoub et du cadi Ahmed woled Ali; il les avait comparés, tandis qu’il se désignait lui-même comme un brave guerrier, à des femmes qui ne songeaient qu’à recevoir des cadeaux pour passer leur existence dans le repos et la volupté.

On le traîna sans armes, les mains attachées derrière le dos, dans une cour voisine, devant ses deux anciens ennemis.

«Eh bien, héros, lui demanda Yacoub ironiquement, où est maintenant ta bravoure?»

«De même que ton élévation aux pouvoirs et aux honneurs est venue de ma main, lui dit le cadi Ahmed qui autrefois à Gallabat l’avait investi du commandement suprême, de même ta condamnation sera mon œuvre. Je remercie Dieu qui m’a permis de voir le jour où tu es enfin en mon pouvoir.»

Zeki leur répondit, en grinçant des dents:

«J’ai été surpris lâchement et trahi. Si je me trouvais en champ clos, je ne craindrais pas des centaines de gens de votre sorte. Je sais que je suis perdu; après ma mort, on cherchera des hommes pour me succéder, mais on ne les trouvera pas.»