Tous les moulazeimie ont pour devoir de protéger la personne du calife; tous l’accompagnent dans ses revues, dans ses promenades, même à l’intérieur de la ville. Ils doivent toujours, d’après les ordres de leur maître, stationner sur les places et dans les rues larges, dans le voisinage immédiat de ses maisons. Bien que le calife ait banni l’ancienne musique militaire égyptienne, il a toutefois conservé les clairons parmi lesquels deux sont de sa suite régulière. On utilise les anciennes sonneries: pour les ras miye: «capitaine», pour les émirs: «major», pour les commandants: «colonel». Le calife visite souvent pendant la nuit les moulazeimie, afin de voir s’ils se trouvent bien aux postes qui leur ont été assignés. Les ras miye et les émirs sont donc, à proprement parler, continuellement de service et ne peuvent se rendre dans leurs maisons qu’en secret ou en prétextant une maladie. Ce service extraordinairement sévère est une cause du mécontentement qui règne presque généralement.

L’activité publique du calife consiste avant tout dans l’accomplissement journalier des devoirs religieux notamment des cinq prières. A l’aube, il procède à la prière du matin, après laquelle on lit dans la djami, le rateb prescrit par le Mahdi, réunion de versets du Coran et de formules de prières. Cela exige environ une heure. Le calife se retire ordinairement dans ses appartements après la prière du matin, mais il fait parfois une ronde dans la djami afin de voir si les gens obéissent à ses ordres et prennent une part active aux exercices de piété. Les prières sont d’ailleurs publiques. Vers deux heures, il procède à la prière du jour; deux heures plus tard à la prière asr, après laquelle le rateb est lu de nouveau. Au coucher du soleil, il fait encore ses dévotions, et, environ deux ou trois heures plus tard, la prière de la nuit commence.

Le calife procède à ses oraisons dans la mihrab, construite devant les places des croyants. C’est une colonnade carrée avec des parois à treillage qui lui laissent la vue libre de tous les côtés. Derrière lui se tient son fils, puis les cadis, quelques personnes spécialement désignées auxquelles se joignent, à droite et à gauche, les moulazeimie appartenant aux tribus libres. Les soldats nègres accomplissent leurs prières sur les places libres situées devant sa maison et qui ne sont séparées de la djami que par un mur.

A droite des moulazeimie se trouvent les émirs de Yacoub, avec leurs gens appartenant pour la plupart aux tribus de l’ouest; à gauche, se trouvent quelques Arabes appartenant également aux bannières de Yacoub, les gens soumis au calife Ali woled Helou, puis enfin les Djaliin et les Danagla. Plusieurs milliers d’hommes assistent toujours aux exercices de piété célébrés en commun, en rangs réguliers les uns derrière les autres. Le calife veille avec une sévérité particulière à ce qu’avant tout les hautes personnalités et les émirs ne fassent pas défaut.

Il condamne justement les personnes suspectes, à suivre chaque jour les cinq prières, sous la surveillance de gens désignés pour cela. Par ces exercices de piété, il a moins en vue l’accomplissement des devoirs religieux de ses subordonnés, que le moyen d’exercer un contrôle sur eux et de les détourner d’autre chose. Beaucoup de gens qui demeurent loin de la djami, sont si épuisés qu’ils s’abstiennent volontiers, par fatigue et manque de temps, d’autres assemblées nocturnes.

Le calife s’est donné pour tâche d’anéantir toute vie en société, qui pourrait offrir l’occasion de ne pas toujours considérer sous le jour le plus favorable ses ordonnances et ses actions. Si la maladie l’empêche de paraître à la prière, il se fait représenter ordinairement par un de ses cadis ou par Abd el Kerim, un pieux moulazem de la tribu des Takarir. Mais ceux-ci doivent prendre place comme Imam en dehors de la mihrab. Il ne permet presque jamais au calife Ali woled Helou de le représenter quoique celui-ci, d’après les ordres du Mahdi, soit désigné comme son remplaçant et son successeur légitime.

La matinée, les heures qui suivent les exercices religieux de l’après-midi ou de la nuit, sont consacrées aux affaires du Gouvernement. Il reçoit les courriers, travaille avec ses secrétaires et entend les cadis, les émirs et autres personnes désignées par lui nominalement et avec lesquelles il désire s’entretenir.

Le service postal est très primitif. Le calife dispose de 60 à 80 chameliers qu’il envoie avec des ordres à ses généraux et ses sujets dans les districts les plus divers, et qui rapportent ensuite les réponses ou les autres nouvelles.

Bien que la proposition lui ait été faite par Ibrahim Adlan d’établir des stations de poste afin d’avoir, à de moindres frais, un service plus régulier et plus rapide, il s’y refusa, parce que, disait-il il attache une importance particulière à recevoir de la bouche même des courriers des rapports sur les contrées parcourues par eux, ainsi que sur la conduite de ses émirs. Les émirs des provinces envoient des rapports à leur maître, si le motif leur parait important; leurs propres messagers doivent ensuite rapporter les réponses et les ordres du calife. Les courriers du calife ne prennent les lettres privées que des personnes bien connues et secrètement pour les expédier plus loin.

Comme le calife ne sait ni lire ni écrire, tous les écrits qui arrivent sont remis à ses premiers secrétaires Abou el Gasim et Monteser. Ceux-ci lui en font connaître le contenu et préparent ensuite les expéditions d’après ses ordres. Toujours dans son voisinage immédiat, ils passent une vie d’angoisse et de soucis; sur le moindre soupçon d’avoir trahi ses secrets, même seulement par étourderie, il ne les épargnerait certainement pas plus qu’Ahmed, leur ancien camarade; sur la simple accusation d’avoir été en relations avec ses ennemis les Ashraf, il le fit exécuter avec quatre de ses frères.