Hamed woled Gar en Nebi, qui avait été cause de l’anéantissement des Batahin, appartenait à la tribu des Hessenat et était subordonné au calife Ali. Il voulut aussi se placer, lui et sa tribu, sous les ordres de Yacoub; mais il commit l’imprudence de faire part de ses plans à des parents du calife avec lesquels il entretenait des relations amicales. Il leur expliqua ouvertement qu’Abdullahi était seul le maître, que Yacoub ou Othman lui succéderait et que le calife Ali n’avait rien à attendre de bon de cette famille qui tenait le pouvoir dans sa main. Comme on lui faisait observer que le Mahdi avait désigné Ali pour succéder à Abdullahi, il déclara que les temps avaient changé et que seule, la puissance du calife actuel pouvait être prise en considération et non pas les vieilles ordonnances du Mahdi.
Ali eut connaissance de ces paroles et déposa contre Hamed woled Gar en Nebi. Les témoins confirmèrent son langage et on l’accusa d’avoir voulu discuter les lois du Mahdi.
Le calife Abdullahi ne put pas ou ne voulut pas se mêler, en cette occurrence, de l’affaire de Hamed, ne pouvant pas se trahir ni dévoiler ses desseins. Hamed fut condamné à mort et malgré le calife Abdullahi qui fit son possible auprès d’Ali, il fut pendu sur la place du marché, comme infidèle et coupable d’avoir cherché à troubler la paix.
Toutes les tribus soumises à Yacoub, tous les partisans du calife Abdullahi reçurent l’ordre de ne pas se rendre à l’exécution afin de montrer ostensiblement, mais sans manifestation directe, le mécontentement de leur maître, touchant la condamnation de Hamed woled Gar en Nebi.
Les forces militaires du calife sont suffisantes pour lui donner tout succès contre un ennemi intérieur; mais contre une armée extérieure, il manque de chefs capables, de bonnes armes et de munitions; ses soldats, du reste, ne sont plus aussi soumis et fidèles à sa personne; leur ancienne croyance à la sainte cause a subi de rudes atteintes; elle n’existe même plus, pour ainsi dire.
Voici, à ce jour, la nomenclature des forces militaires du calife:
Je donne ici le maximum des forces et des armes qui, je le répète, ne résisteraient pas longtemps à un combat sérieux et bien préparé venant d’une armée étrangère.
Des quarante mille fusils qui sont dans les magasins ou entre les mains des soldats, vingt-deux mille sont des Remington; les autres sont à percussion, de vieilles armes à un ou deux coups. Pour rendre les Remington plus légers, une partie du canon a été supprimée; ceux qui possèdent une mire sont rares.