En effet, les écus n’eurent bientôt plus que 2½ darahim d’argent et, lorsque Gerefaoui eut porté à 16000 écus l’affermage, se réservant en plus le droit de battre monnaie, la pièce tomba encore et les écus qu’on battait maintenant et qui étaient côtés à 6 darahim ne contenaient plus qu’un dirhem à peine d’argent.
Abd el Megid donna aux écus la forme des anciens écus-medjidieh; ceux de Soliman Abdallah se distinguaient par des lances entre-croisées et enjolivées de nombreux dessins.
Par cette réduction progressive de la réelle valeur des monnaies, les marchandises venant d’Egypte subirent une forte hausse.
Les toiles bleues qui servent à la confection des vêtements de femmes, vendues autrefois à ¾ d’écu la pièce, coûtent aujourd’hui 6 écus; 12 aunes de toile ordinaire se payaient 1 écu; maintenant 1 aune ½ se paie le même prix; une demi-livre de sucre coûte 1 écu, etc.
La comparaison des monnaies explique ces prix, d’autant plus que toutes les marchandises égyptiennes doivent être payées en anciennes monnaies.
Les produits indigènes sont relativement bon marché. Voici une mercuriale des prix, à Omm Derman, au commencement de 1895, calculée d’après les nouvelles monnaies:
| 1 chameau de somme | 60 | — | 80 | écus |
| 1——»–—de course | 200 | — | 400 | » |
| 1 cheval abyssin | 60 | — | 120 | » |
| 1 cheval, de race indigène | 200 | — | 600 | » |
| 1 bœuf gras ou une vache | 100 | — | 160 | » |
| 1 veau | 30 | — | 50 | » |
| 1 vache à lait | 100 | — | 120 | » |
| 1 mouton | 5 | — | 20 | » |
| 1 brebis | 6 | — | 15 | » |
| 1 ardeb de doura | 6 | — | 8 | » |
| 1--–»––de froment | 30 | — | 40 | » |
Si l’on réduit ces prix en ancienne monnaie, on trouve que les produits du pays sont actuellement de beaucoup meilleur marché qu’au temps du Gouvernement égyptien. Cela se comprend: les habitants qui vivent du produit de leurs champs et de l’élevage du bétail, sont forcés de vendre pour vivre et pour payer leurs impôts; le manque d’argent étant général, les prix baissent et baissent toujours; ajoutez à cela le manque de débouchés et la pauvreté toujours croissante. Telles sont les causes de la modicité des prix.