CHAPITRE XVII.

Le calife et son règne (Suite).

Justice.—Enseignement religieux.—Agriculture.—Chasse.—Commerce.—Marché d’esclaves.—Industrie.—Corruption des mœurs.—Le calife est pris en aversion.—Description d’Omm Derman.—Bâtiments principaux.—La prison et ses terreurs.

La juridiction est entre les mains des cadis; il est vrai que leur compétence est peu de chose et ne dépasse pas certaines affaires privées, petites questions de fortunes et désaccords de familles; pour toute autre question de droit public ou pour des circonstances graves, ils doivent en référer d’abord au calife.

Mais comment ce dernier veut passer pour le protecteur de la loi, la première tâche des juges consiste à juger d’après sa volonté, mais sous la forme d’un jugement prononcé par eux.

Les écrits de la religion musulmane, la Sheria Mohammedijjah, les ordonnances et les circulaires du Mahdi, le régénérateur, ont force de loi. Quiconque doute de la mission divine du Mahdi est considéré comme infidèle et puni de mort ou de bannissement à vie, avec confiscation des biens. Le calife a souvent recours à cet article de loi, lorsqu’il cherche à se débarrasser de quelqu’un qu’il déteste ou qu’il trouve dangereux. C’est l’intrigant et le despote Yacoub qui est son conseiller et son confident dans les décisions qu’il prend pour ces divers cas.

La première cour de justice du calife se compose des deux cadis supérieurs, Heissein woled ez Sahra, de la tribu des Djaliin du Ghezireh et Soliman woled el Hedjas, de la tribu des Djihemab, province de Berber; puis, de Husein woled Djisou, de la tribu des Arabes Hamer, Ahmed woled Hamdan, de la tribu des Arakin quoique natif du Darfour, Othman woled Ahmed, de la tribu des Batahin, Abd el Kadir woled Omm Mariom, autrefois cadi de Kalakle à proximité de Khartoum, de la tribu des Fidehab et Mohammed woled el Moufti, préposé seulement aux différends dans lesquels sont impliqués des moulazeimie, d’où son titre de cadi el moulazeimie. Outre ceux que je viens de nommer, fonctionnent encore quelques cadis des tribus arabes occidentales qui n’ont droit qu’au vote et se rallient toujours à l’opinion de leurs collègues supérieurs.

Heissein woled ez Sahra qui remplace depuis peu le cadi el Islam précédent (cadi de la croyance musulmane) Ahmed woled Ali, emprisonné sur l’ordre du calife, a fait ses études philosophiques à l’université musulmane du Caire (djami el Azhar). Il passe pour être l’homme le plus instruit du Soudan.

Au début du soulèvement, il avait, de bonne foi, rédigé une publication favorable au Mahdi; il s’était même joint à lui. Mais, il ne tarda pas à comprendre combien le nouveau Prophète était peu sincère, et, dans son for intérieur, il devint son adversaire.