Appelé à cette position de juge par le calife, il obéit à contre-cœur; plaçant la justice au-dessus de la crainte, il refusa quelquefois d’obéir à la volonté et aux désirs de son maître et de juger d’après le bon plaisir de celui-ci.

Aussi ne tarda-t-il pas à tomber en disgrâce. Par égard à son excellente réputation, on le laissa tout d’abord, pour la forme seulement, à son poste. On ne l’appelle même plus au conseil que dans des cas rares; si la crainte pour sa vie ne l’engage pas à se désister de ses fonctions, il fera probablement partie de cette classe d’hommes dont le calife a coutume, tôt ou tard, de se débarrasser, pour toujours!

C’est ordinairement à Soliman woled el Hedjas, Husein woled Djisou, Ahmed woled Hamdan et à Abd el Kadir woled Omm Mariom que le calife communique ses désirs, leur laissant le soin de préparer leurs autres collègues, et de conserver l’apparence de leur propre initiative dans tout jugement.

Aussi, lors des assemblées plénières des cadis devant le calife, tout marche à son gré et il n’a jamais d’opposition à craindre des juges instruits de ses tendances et de ses désirs.

Si un jugement doit être prononcé hors d’une telle séance, dans des cas rares parfois, les juges nommés ci-dessus tranchent la question et leurs collègues se contentent d’apposer leurs signatures.

Les honoraires des cadis sont des plus modiques; les supérieurs reçoivent mensuellement 40 écus-derviches, les autres 30 et même 20.

On comprend aisément que la corruptibilité gagne les uns et les autres, bien entendu seulement dans les occasions qui n’intéressent pas le calife d’une façon directe.

Selon les ordonnances du Mahdi, le témoin est considéré comme inviolable et l’inculpé ne peut réfuter ses assertions; d’autre part, le juge étant libre, par sa propre initiative, de refuser ou d’accepter les témoins, non seulement la procédure est arbitraire, mais elle lui offre encore des occasions multiples de grossir son traitement.

Mohammed woled el Moufti, le cadi des moulazeimie tranche les difficultés qui surgissent entre ces derniers. Il rend justice dans les causes d’argent et de famille. Il doit toujours respecter les droits des moulazeimie, dans tout état de cause; surtout dans les procès qu’un de ceux-ci pourrait avoir avec quelqu’un ne faisant pas partie de sa corporation. Il se conforme d’une manière tellement stricte à ses instructions qu’il est fort rare de voir un particulier lésé se présenter devant le tribunal avec un moulazem.