Deux cadis ont la surveillance des intérêts du Bet el Mal el Oumoumi; dans les cas graves, ils doivent en référer à la cour supérieure; ils ratifient les marchés d’esclaves et prélèvent, à cet effet, une modique taxe.
Quelques cadis sont aussi attachés à la Zaptieh es Souk et au Moushra (dock aux blés); ils ont compétence pour régler de légers différends.
La religion est le seul but de l’état. Des circulaires, répandues jusque dans le Wadaï et le Bornou, dans le pays des Fellata, à la Mecque et à Médine, aux habitants de l’Arabie, proclament que le successeur du Mahdi ne songe qu’à exiger de ses sujets l’accomplissement des devoirs religieux et, si cela est nécessaire, même à les y contraindre par la force; loin de lui, l’idée d’aspirer au pouvoir temporel. C’est pourquoi, tant que sa santé le lui permet, il s’acquitte chaque jour des cinq prières ordonnées.
En réalité, le calife n’est rien moins que religieux. Pendant mon long séjour, et constamment en relation avec lui, je ne me souviens pas de l’avoir vu une seule fois, chez lui, réciter une prière. Suivant ce qu’il a en vue, il ne se gêne guère pour transgresser même les plus vieilles coutumes religieuses.
Il n’oublie point alors d’en prévenir les cadis qui, naturellement, s’empressent de déclarer que ses actes sont en accord soit avec les écrits musulmans, soit avec les prescriptions spéciales du Mahdi. Dans d’autres cas, il prétend tout simplement que le Prophète, lui étant apparu, lui a ordonné d’agir ainsi et non autrement.
Parfois il monte en chaire, dans la djami, et s’adresse à ses partisans. Mais comme il n’a fait aucune étude théologique, qu’il ne connaît même pas les principaux préceptes de la religion, ses prédications ne s’écartent pas d’un certain cercle d’idées et encore doit-il se répéter continuellement. Il salue la foule des croyants qui se presse autour de la chaire, en prononçant ces mots: «Salam aleikoum, ja ashab el Mahdi!» (Que la paix soit avec vous! O, amis du Mahdi!) la populace répond: «Aleik es salam ja Califet el Mahdi» (Que la paix soit avec toi! O calife du Mahdi.) Et il continue: «Que Dieu vous bénisse, que Dieu vous protège, que Dieu conduise les disciples du Mahdi à la victoire.»
Chaque phrase est interrompue par les cris «Amin» (amen).
Puis vient la prédication proprement dite.
«Oh! regardez, vous les amis du Mahdi, le monde est mauvais et personne n’y demeure bien longtemps; sinon le Prophète, ses partisans, le Mahdi seraient avec nous! Nous passerons aussi; cherchez donc le chemin qui conduit au ciel! Fuyez les joies de ce monde-ci! Récitez vos cinq prières, lisez le rateb du Mahdi et soyez prêts à combattre les infidèles; suivez mes commandements (cette phrase est sans cesse répétée) et les joies divines vous écherront en partage. Mais le rebelle est à jamais perdu: les martyres éternels et le feu de l’enfer les attendent. Je suis le berger et vous êtes mon troupeau; or, de même que vous veillez à ce que vos bœufs ne mangent point de mauvaises herbes, de même, je dois veiller à ce que vous ne vous écartiez point du bon chemin. Pensez à la toute puissance de Dieu! Considérez la vache; elle est de chair et de sang, de peau et d’os et pourtant elle nous donne un lait si doux, si blanc! Reconnaissez-vous en cela la puissance divine? (autrefois baggari, c’est-à-dire berger, il se plaît à de semblables comparaisons). Soyez fidèles au Mahdi et à la promesse que vous m’avez faite; suivez mes commandements, c’est là votre seul salut ici-bas et au ciel!