Quelques parents envoyent plus tard leurs enfants au Bet el Mal ou leur donnent pour précepteurs d’anciens employés du Gouvernement pour compléter leur instruction notamment dans l’écriture et dans les affaires. L’étude de la théologie et de la philosophie, en honneur autrefois dans le Soudan, quoique à un très bas degré, est naturellement interdite.

On s’occupe d’agriculture, au sud de Berber, seulement pendant la saison des pluies; celles-ci commencent dans la partie septentrionale au commencement de juillet, dans la partie méridionale à la fin de mai ou dans les premiers jours de juin; elles durent jusqu’à fin octobre.

Une grande partie des terrains est totalement en friche, soit à cause de la population peu nombreuse, soit à cause des troubles continuels. On cultive surtout les différentes sortes de doura; ordinairement la pluie à elle seule suffit pour faire monter la graine.

Parfois, elle fait défaut et la population, n’ayant pas de provisions, a alors cruellement à souffrir du manque de blé. Les pauvres sont obligés d’acheter des céréales chez les riches qui, dans les bonnes années, amassent de grandes quantités de blé, ou sont contraints d’aller chercher avec leurs bateaux de quoi se nourrir, jusque dans le sud, à Karkog sur le Nil Bleu et à Kaua, sur le Nil Blanc.

Le long du Nil, de Wadi Halfa jusqu’à Faschoda et du Nil Bleu jusqu’à Famaka, les rives sont irriguées au moyen des nabr (perches à puiser l’eau) que les esclaves font mouvoir ou aussi au moyen des sakkiehs (roues à puiser) mûes par des bœufs. La récolte est bien supérieure et comporte différentes sortes de blé, du froment, du maïs, des légumes tels que les haricots, les pois, les lentilles, les courges, etc. Les habitants cultivent aussi les melons d’eau, les melons sucrés, les radis, les concombres, les légumes verts qui trouvent toujours, au marché, des acheteurs, à des prix modérés. Les pluies terminées, c’est-à-dire au commencement de l’hiver, le sol est préparé pour la culture du coton, qui croit même dans les contrées riveraines arrosées par les sakkiehs.

Les îles submergées par la crue du Nil fournissent les plus riches moissons et constituent bien les coins de terre les plus fertiles. Dans les jardins de Khartoum, on trouve quelques fruits; les citrons et les oranges y croissent, mais n’ont aucun goût et se gâtent facilement; des grenades acides, des raisins, des figues et quelques cannes à sucre. Les palmiers-dattiers sont légion ici; mais les fruits frais suffisent à peine à la population d’Omm Derman. La culture des dattiers s’étend dans le Dongola jusqu’à Dar Mahas, Dar Sheikhieh et dans les pays des Roubatat, appartenant à Berber. Ces contrées envoient sur les marchés d’Omm Derman les fruits secs en quantités considérables. La gomme arabique provient des forêts du sud du Kordofan; c’était autrefois un excellent revenu pour cette province. Je dis autrefois: car, tandis que sous la domination égyptienne la récolte de la gomme atteignait de 800000 à un million de cantars par année (1 cantar = 44 kg. ½), aujourd’hui elle est descendue à 30000 cantars à peine.

Cela se comprend: les tribus des Djimme et des Djauama recueillaient la gomme; or, les premiers furent forcés de quitter le pays, par l’émigration en masse; les autres ont diminué de 5/6, grâce aux prestations et aux oppressions perpétuelles. Et, si l’on continuait à exploiter la gomme, on le devait à l’Amin Bet el Mal el Oumoumi, ancien chef de bureau à Kassala, qui rendit attentif le calife au revenu que ce commerce est susceptible de rapporter. On laissa donc les gens de nouveau recueillir en paix ce produit.

On cultivait autrefois, dans le Soudan, beaucoup le tabac. La nouvelle religion en ayant sévèrement interdit l’usage, on n’en trouve plus trace, si ce n’est dans les montagnes de Tekele et de Nuba qui sont soumises au calife, mais de nom seulement; en secret, on l’apporte à Omm Derman.

Du reste, tout le commerce, si prospère, si florissant dans le Soudan est aujourd’hui totalement nul. Ces routes si fréquentées par les caravanes sont désertes; elles étaient nombreuses pourtant: celle qui du Darfour conduisait directement à Siout, par le Derb el Arbaïn (chemin de 40 jours); du Kordofan à Wadi Halfa, à travers la steppe de Bajouda et par Dongola; de Khartoum à Assouan, viâ Abou Hammed ou viâ El Hemer; de Khartoum à Souakim, par Berber; de Kassala à Souakim; de Gallabat, Ghedaref, Kassala à Massaouah...... Les seules routes que les commerçants doivent utiliser encore aujourd’hui sont celles d’El Hemer, et d’Assouan par Berber; et celle de Berber à Souakim.