Peu après la conquête du Soudan, les marchands avaient l’habitude d’aller en Egypte, porteurs d’or et d’argent, qu’ils avaient acquis comme butin dans les guerres ou dans les razzias; ils les échangeaient contre des marchandises. Mais, le numéraire ne tarda pas à devenir rare. Il restait en Egypte, en effet, sans espoir de rentrer au pays, vu l’exportation si faible; d’autre part, les monnaies nouvelles étaient mal frappées et n’avaient pas cours chez les marchands ambulants.

Le calife défendit alors sévèrement de transporter en Egypte de l’or et de l’argent. Ceux qui s’y rendaient, ne pouvaient emporter, en argent monnayé ancien, que le strict nécessaire pour le voyage, indiqué en chiffres sur les permis, par le Bet el Mal. On dut songer à relever l’exportation des produits indigènes qui, autrefois, avaient amené une certaine aisance dans tout le Soudan. On emmagasina de nouveau la gomme, les plumes d’autruche, les fruits du tamarinier, les feuilles de séné, etc. Le Bet el Mal fit vendre aux enchères de l’ivoire à ceux qui se rendaient en Egypte avec les produits indigènes, pour les échanger contre des marchandises demandées au Soudan.

La population des provinces occidentales, le Kordofan et le Darfour, avait presque totalement disparu par suite des guerres continuelles, des émigrations, de la famine, etc.; de telle sorte qu’on trouvait peu de personnes pouvant s’occuper de la récolte de ces produits naturels. On ne put ainsi satisfaire aux besoins du marché, les transactions avec l’Egypte étant trop faibles et les marchandises achetées pour le Soudan en nombre minime et en tout cas, bien au-dessous de la demande.

La gomme est monopole de l’état; ceux qui la recueillent ou les marchands intermédiaires doivent la livrer au Bet el Mal contre un prix, autrefois fixe, aujourd’hui très peu stable. Le prix d’achat varie entre 20 à 30 écus (omla gedida) le quintal; le prix de vente aux marchands entre 30 à 40. La marchandise livrée, le vendeur reçoit la permission de se rendre en Egypte, moyennant paiement d’un écu par quintal; arrivé à Berber, on examine s’il n’amène avec lui que la quantité achetée au Bet el Mal; on lui remet alors un nouveau certificat l’autorisant à aller à Souakim ou à Assouan, viâ El Hemer; pour cette pièce il a de nouveau à payer après s’être acquitté du droit, un écu par quintal et par dessus le marché un écu Marie-Thérèse, c’est-à-dire environ 5 écus omla gedida, ce qui, en tout représente le sixième du prix d’achat.

Les chasseurs de plumes d’autruche, autrefois un article important d’exportation, ne sont pas mieux partagés; les Arabes, en effet, possèdent très peu de fusils et encore leurs armes sont-elles très mauvaises; il leur est fort difficile de se procurer des munitions et le calife a interdit d’utiliser les chevaux pour cette chasse.

Jadis, ils la pratiquaient en grand, cherchant à prendre ces agiles animaux dans des filets ou dans des fossés. Ces essais n’étaient guère couronnés de succès. On voulut néanmoins recommencer en prenant les petits, en les engraissant pour les déplumer ensuite. (Les plumes pouvaient être prises tous les 8 ou 9 mois). Qu’arriva-t-il? La religion considérant ce procédé comme coupable, le calife s’empressa de saisir cette occasion pour montrer ouvertement qu’il était avant tout un vrai croyant et interdit très sévèrement de déplumer les autruches. Les éleveurs trouvant inutile de nourrir plus longtemps ces animaux, les tuèrent et pendant plusieurs jours, on ne mangea à Omm Derman que de la viande d’autruche.

Sans doute, dans les steppes, dans les endroits cachés, il y eut des gens qui en élevèrent encore dans d’immenses cages, ne craignant pas, par amour du gain, de s’exposer aux plus durs châtiments; ce ne fut que l’exception, trop peu sensible pour avoir une influence quelconque sur le commerce en général.

L’ivoire vient des provinces équatoriales. Cent cinquante à deux cents quintaux entrent annuellement à Omm Derman. Le rendement est-il susceptible d’augmentation ou cessera-t-il complètement, cela dépend de l’avancement des postes de l’Etat du Congo ou du développement de ses rapports commerciaux avec les tribus à proximité du Redjaf.

L’ivoire provenant du Darfour méridional est très rare. Ce commerce pourrait prendre une nouvelle extension, si les Mahdistes occupaient et utilisaient de fait la province du Bahr el Ghazal.