L’importation des marchandises égyptiennes est également restreinte aux deux voies utilisées pour l’exportation. Les petites transactions sur les routes de Kassala-Souakim et de Kassala-Massaouah ont cessé depuis que les Italiens occupent ces deux positions.
Les principales importations sont les toiles blanches et bleues, la mousseline, la percale de couleur et des étoffes de laine de toutes nuances. Ces dernières servent à garnir les gioubbes; les toiles et les mousselines sont utilisées par les femmes qui s’en enveloppent complètement ou les portent, en bandes étroites, comme pagnes à la place des robes de nos femmes européennes. On importe également des soieries européennes, de qualité assez douteuse, les marchands ayant pour principe de vendre avant tout beaucoup et à bon marché. Il faut remarquer que les meilleures qualités mais qui ne plaisent pas à la vue trouvent au Soudan de rares acheteurs.
La toilette des dames soudanaises est loin d’être négligée; aussi utilisent-elles des parfums, huiles, bois de senteurs, clous de girofle, différentes graines de fruits, etc.... les articles de parfumerie sont également importés. Le sucre, le riz, les marmelades, les fruits secs et confits sont très recherchés par les personnes qui sont dans une bonne situation de fortune.
L’importation de tous les articles en métal fut sévèrement interdite par le Gouvernement égyptien; dans les derniers temps, il était très difficile de se procurer des ciseaux, des rasoirs, etc.
Les ustensiles de cuisine, en cuivre, atteignirent des prix inouïs, parce qu’ils étaient achetés par l’administration du Warchet el Harbia et servaient à la fabrication des balles. Peu à peu les habitants utilisèrent, pour préparer leur nourriture, des vases d’argile.
Toutes les marchandises de provenance égyptienne doivent payer à Berber, en espèces ou en nature un dixième de leur valeur; à Omm Derman, le Bet el Mal qui les estampille prélève à son tour encore un dixième (oushr).
En outre, les marchands qui arrivent de Souakim ont encore à s’acquitter d’une pareille taxe aux postes placés à Kokreb, par Osman Digna; en sorte que, après les cadeaux presque obligatoires aux fonctionnaires, etc.; ils ont payé à leur arrivée à Omm Derman, un tiers de la valeur des marchandises, rien qu’en frais de douane et avant qu’ils aient pu vendre quoi que ce soit. Qu’y-a-t-il alors d’étonnant si les prix sont élevés et si les commerçants, en somme, gagnent très peu.
Nombre de Soudanais aisés font du commerce une sorte de sport: le gain est moins leur but que la facilité de pouvoir jouir de la liberté pendant quelques mois. C’est, en somme, le seul moyen qu’ont les habitants retenus avec femmes et enfants au sol natal, et soumis au calife, dont le gouvernement tyrannique les pousse souvent au désespoir, c’est le seul moyen, dis-je, qu’ils ont d’échapper pour quelque temps à leur tyran.
Le commerce des esclaves, autorisé par la religion et par le calife, est plus prospère; il est pourtant limité aux pays soumis au Gouvernement mahdiste, le trafic avec les provinces égyptiennes ou l’Arabie n’étant pas du tout autorisé. En l’interdisant, le calife tient à ne point affaiblir ses provinces au profit de ses ennemis.
Il est évident qu’il ne peut empêcher la vente de quelques esclaves isolés, mais il est au moins impossible aux traiteurs de conduire en masse leurs victimes au marché.