Autrefois les esclaves étaient envoyés en grand nombre à Omm Derman où on les vendait publiquement pour le compte du calife ou du Bet el Mal el Oumoumi. Abou Anga les tirait d’Abyssinie, Zeki Tamel de Faschoda, Othman woled Adam du Darfour et des montagnes de Nuba situées au sud du Kordofan.
Les mêmes cruautés se renouvelaient soit en les prenant, soit en les transportant.
Abou Anga, par exemple, forçait ceux qu’il capturait en Abyssinie, la plupart venant de la tribu chrétienne des Amhara, de parcourir le long chemin jusqu’à Omm Derman, pendant lequel ils avaient à souffrir de la faim et des coups de fouet; notez que ces esclaves étaient des femmes et des enfants, les hommes ayant été passés au fil de l’épée! On chassait ces malheureux, à peines vêtus, arrachés à leurs familles, comme on chasse devant soi les troupeaux. Combien mouraient en route! et le reste, des centaines encore, parvenait au but du voyage, mais dans quel état! Des uns le calife faisait présent à ses partisans; les autres étaient vendus par le Bet el Mal.
Après la défaite des Shillouk, Zeki Tamel parqua, le terme n’est point trop fort, des milliers de femmes et d’enfants dans des barques et les envoya à Omm Derman. Le calife prit les jeunes gens, les fit élever et incorporer dans le corps des moulazeimie; les femmes et les jeunes filles furent vendues. Comme les envois se succédaient, les ventes durèrent des journées entières; pauvres malheureux gisant devant le Bet el Mal, malades, affamés, couverts de haillons, beaucoup même complètement nus! On leur distribuait, en quantité insuffisante, du blé cru. La ville étant pleine de ces Shillouk, qui donc aurait voulu acheter ceux qui étaient malades? à quoi bon risquer même quelques écus? Ils ne tardèrent pas à succomber; des corps couvraient le rivage du fleuve; on les jeta simplement dans le Nil pour s’épargner la peine de les enterrer. Les esclaves envoyés du Darfour eurent surtout à souffrir. La route était sans fin, pénible; l’eau rare et seulement dans des puits très éloignés les uns des autres, le pays mal cultivé, presque inhabité, la nourriture insuffisante.
Sans pitié, on les força à marcher nuit et jour pour atteindre le Kordofan. Et la colonne ne comportait presque que des femmes et des jeunes filles! Lorsque une d’entre elles tombait épuisée, on employait les moyens les plus affreux pour la forcer à continuer la route. S’ils ne suffisaient pas, on coupait les oreilles de la pauvre créature, les gardiens du convoi s’en emparaient et fournissaient en les montrant la preuve qu’elle était morte et qu’ils ne l’avaient pas vendue en sous-main.
Un jour, l’histoire m’a été racontée plus tard par des témoins, une femme fut ainsi trouvée, privée de ses oreilles; ils eurent pitié d’elle et la réconfortèrent. Elle se remit et fut en état de suivre ses sauveurs et de se traîner jusqu’à Fascher, tandis que ses oreilles servaient de faire part mortuaire à Omm Derman.
Aujourd’hui, de tels envois d’esclaves ont cessé, les pays d’où ils venaient étant dépeuplés ou se défendant avec succès contre leurs oppresseurs.
Des expéditions viennent pourtant encore du Redjaf; mais là également le voyage et les mauvais traitements déciment les masses de ces sacrifiés.
Les esclaves pris à Gallabat, au Kordofan et au Darfour sont, vu leur petit nombre, vendus directement par les émirs, avec la permission du calife, aux Gellaba nomades. Ceux-ci reçoivent un certificat d’achat, avec mention du prix payé et la permission de revendre. A Omm Derman, la vente est publique et à celui qui met les plus fortes enchères est adjugé l’esclave, mais seulement l’esclave du sexe féminin, le commerce des esclaves mâles appartenant exclusivement au calife.
Quiconque veut vendre un esclave mâle doit le livrer au Bet el Mal et reçoit en retour une sorte d’acte de vente ou titre de garantie dont le montant est fixé arbitrairement par le Bet el Mal.