Il s’ensuit que l’état sanitaire, aussi bien des hommes libres que des esclaves, laisse beaucoup à désirer; que les maladies résultant de cette façon de vivre et de comprendre le mariage sont nombreuses et sans remèdes, si ce n’est en quelque mesure, le climat chaud et sec. A Omm Derman notamment, règnent les vices les plus grossiers.

Dans les commencements de son règne, le calife punissait les coupables en les exilant à Redjaf. Il ne tarda pas à cesser, persuadé qu’il est plus facile de gouverner tyranniquement un peuple dépravé qu’un peuple qui place la moralité au-dessus de tout. C’est pourquoi il hait les Djaliin du bord du Nil, de Hager el Assal jusqu’à Berber, parce que c’est la seule tribu du Soudan actuel qui apprécie une vie de famille régulière et la considère comme la première condition de l’existence.

Il y a toutefois lieu d’excepter de cette corruption générale les anciennes femmes du Mahdi; il est vrai qu’elles sont contraintes de vivre selon les règles prescrites.

Depuis sa mort, elles sont enfermées par le calife en l’honneur du maître décédé, dans des maisons sises près de la Koubbat, maisons entourées d’une très haute muraille. Des eunuques les surveillent très étroitement. Outre ces femmes et les concubines, beaucoup de jeunes filles, des filles des anciens fonctionnaires du Mahdi qui les élevait pour les faire entrer plus tard dans son harem, sont cloîtrées dans ces bâtiments, comme dans un cachot, sous verrous, et ne peuvent nullement communiquer avec des hommes; que dis-je, les malheureuses n’ont que très rarement et avec la permission toute spéciale du calife, des rapports avec d’autres femmes. Mal nourries, mal vêtues, ces pauvres prisonnières n’aspirent qu’à être délivrées d’une réclusion fort dure.

Les deux principaux facteurs de la révolution furent la croyance en la mission divine du Mahdi, et qui dégénéra en fanatisme; la cupidité qui fit croire à l’abolition de tous les impôts et que l’on s’enrichirait pendant ces époques de troubles.

Espoirs bientôt déçus! Le Mahdi ne fut pas assez longtemps au pouvoir pour constater qu’aujourd’hui l’aversion contre son régime est générale. Le calife Abdullahi le constate à chaque pas, il fait néanmoins tout pour l’accentuer.

L’égalité, la fraternité, tant prêchées; ces mots avec lesquels on leurrait les masses, ne furent que de belles promesses. Comme auparavant il y eut et il y a des riches et des pauvres, des puissants et des faibles, des maîtres et des esclaves. Le calife lui-même ne chercha qu’à fortifier sa puissance personnelle, ne reculant devant aucun moyen pour arriver à son but.

Comme étranger, il ne jouit d’abord d’aucune sympathie auprès des tribus du Nil. Par les prérogatives accordées à ses parents, à sa tribu, les Taasha, il suscita le mécontentement de ses propres compatriotes des tribus occidentales.

Les humiliations qu’il fit subir systématiquement à tous les parents du Mahdi eurent pour résultat la révolte des Ashraf; ce fut seulement grâce à leur indécision que le calife put les réprimer sans subir de grosses pertes. Mais on réprouva sa conduite après leur soumission: au lieu de tenir sa promesse et de leur accorder leur grâce, il prétexta que le Prophète lui avait ordonné de les punir. Il les fit mettre aux fers, puis assommer à coups de rotin; parmi les morts se trouvaient les plus proches parents du Mahdi. Et pourtant, la sécurité de l’état n’était point en jeu, puisqu’ils avaient été réduits à l’impuissance. Ce procédé a été considéré comme un acte d’impiété à l’égard du mort et fut pris en mauvaise part.