Ses visites au tombeau sont devenues plus rares depuis l’exécution des parents du Mahdi, ce qui a fait supposer qu’il redoutait de se trouver aux côtés de son ancien maître, le chef de la famille de ceux dont il avait fait répandre le sang.

Le mausolée est entièrement entouré d’un mur en pierres dont les portes pratiquées au midi et à l’ouest sont ouvertes tous les vendredis, depuis un an, pour laisser entrer les pèlerins. Comme tout sujet du calife est en quelque sorte tenu de visiter, ce jour-là, le monument afin de prier pour le défunt et demander sa protection, il arrive que chaque vendredi plusieurs milliers d’individus passent par là, se tiennent debout, les mains levées, tout autour du monument, pour implorer en apparence l’appui du Tout-Puissant par l’intermédiaire du saint dont les os reposent ici, tandis qu’en réalité ils ne murmurent souvent que des imprécations et des blasphèmes contre le mort et ses successeurs plus détestés encore, puisque par leurs mensonges et leur mauvaise foi ils sont les auteurs de la misère présente.

Les maisons dans lesquelles les femmes du Mahdi sont gardées prisonnières sont contiguës au mur d’enceinte de la Koubbat. Au sud de ces constructions se trouve la résidence du calife. Un terrain extrêmement vaste est entouré d’une haute muraille en briques, à l’intérieur de laquelle se trouve un grand nombre d’édifices, séparés par de nombreuses cours communiquant entre elles. Immédiatement adossée à la djami se trouve la demeure du calife qui est réservée à son usage tout à fait personnel. A l’est, les habitations de ses femmes; les écuries, les magasins, les quartiers des eunuques, des domestiques, etc.; forment du côté de l’est et du sud la clôture de cette enceinte. Par la porte orientale du milieu de la djami,—une porte réelle tandis que les autres ne sont que des ouvertures ne pouvant être fermées à clef,—on arrive dans les locaux de réception du calife.

Après avoir passé devant un petit bâtiment, on entre dans une cour de moyenne étendue dans laquelle sont disposées deux sortes de chambres couvertes et complètement ouvertes sur un des côtés; elles servent aux audiences. De cette cour, une porte conduit dans les bâtiments privés du calife, que seuls les garçons, préposés à son service personnel, peuvent franchir.

Ces maisons en terre glaise se composent d’une salle assez grande avec deux locaux latéraux et sont munies de vérandas sur un ou deux côtés en sorte qu’elles ressemblent à de petites maisons de campagne. Un seul de ces édifices possède un étage supérieur avec deux chambres assez grandes; muni de fenêtres des quatre côtés, il offre une belle vue sur la ville entière.

Les locaux destinés aux audiences sont installés avec la plus grande simplicité imaginable et ne contiennent absolument qu’un siège pour le calife, devant lequel, parfois, est étendue une natte de palmier. Ses appartements privés ont au contraire un confort tout à fait inusité pour le Soudan.

Des lits en fer, richement dorés et munis de moustiquaires, restes du butin fait à Khartoum, des tapis épais, des coussins recouverts de soie, des tentures et des rideaux de lourdes étoffes de couleurs variées, ornent les chambres bien blanchies. Des nattes de palmier et de petits sophas dans les vérandas, complètent l’ameublement, lequel peut être considéré comme somptueux.

La maison de son fils située à l’est de la Koubbat est encore mieux construite, mais meublée de la même manière. Son fils se permet même le luxe d’un lustre en cristal resté intact à la chute de Khartoum et d’un parc. Il occupe des centaines d’esclaves qui doivent amener à la sueur de leur front la terre fertile des bords du fleuve à la maison de leur jeune maître, maudissant son amour du luxe pour lequel ils dépensent leurs forces tandis qu’eux-mêmes, habitant des huttes misérables, manquent des choses les plus nécessaires. Chaque jour des améliorations sont entreprises, de nouvelles constructions commencées, des transformations, des aménagements.... Le père et le fils cherchent à s’offrir une vie aussi agréable que possible. Yacoub suit fidèlement leur exemple: il aime à construire comme eux et l’emplacement qui borne ses deux maisons situées au sud de la djami, est un véritable chantier. Les bâtiments du calife Ali woled Helou, situés au nord de la Koubbat, sont d’une étendue moindre et meublés plus simplement que ceux que nous venons de mentionner.

Le calife Abdullahi possède, outre sa propre résidence, d’autres maisons aux extrémités nord et sud de la ville, mais de constructions plus simples. Il les utilise comme pied-à-terre lors des envois de troupes dans les provinces ou pour l’inspection des troupes nouvellement arrivées. Il y séjourne dans ces occasions plusieurs jours. On a construit également des maisons pour le calife juste au bord du fleuve, à l’est du fort établi autrefois par le Gouvernement, mais détruit depuis et dont les fossés ont été comblés. Il ne les utilise ordinairement que pour y faire mettre en état les navires partant du côté de Redjaf, pour donner ses instructions et sa bénédiction aux partants. Au sud de la maison de Yacoub, et séparé de celle-ci par une place, se trouve l’arsenal (Bet el Amana), construction entourée d’un mur en pierre, où sont conservés des fusils, des canons, une partie des munitions, ainsi que cinq voitures ayant appartenu aux anciens gouverneurs généraux et à la mission catholique. Un corps de garde, établi dans des guérites, interdit l’entrée à toute personne autre que les fonctionnaires de la maison. Du côté nord du Bet el Amana sont réunis les drapeaux de tous les émirs qui se trouvent à Omm Derman. A côté, on voit une construction en demi-cercle, munie de marches et haute d’environ 7 mètres, dans laquelle se trouvent les tambours de guerre du calife. A l’est, sont rangés les ateliers où on fabrique les capsules, les cartouches et où l’on répare les armes.

Du côté nord de la ville et juste au bord du fleuve, se trouve le Bet el Mal el Oumoumi, rangée d’édifices destinés à la conservation des marchandises venant de Berber, de la gomme envoyée du Kordofan et de tout ce qui appartient au calife. Tous ces édifices sont entourés de murs dont les portes sont bien gardées. De grandes cours servent à entasser le blé et comme endroit de vente pour les esclaves et les animaux. Au sud, le marché public aux esclaves et dans le voisinage immédiat de celui-ci le Bet el Mal des moulazeimie.