Le paysage est uniforme; des steppes parsemés d’une herbe rare; çà et là, quelques touffes de mimosas; un sol sablonneux; par place des pierres.
Nous ne mîmes pas même pied à terre pour manger. Le soleil était au zénith. Au loin, nous aperçûmes un troupeau de moutons et leur berger; nous modifiâmes quelque peu notre direction, tandis que Zeki allait aux informations qui furent nulles. Nous pûmes constater, à maintes reprises, des traces de chameaux, d’ânes, de moutons..... mais, en somme, rien de suspect.
Le terrain était absolument plat.
Slatin Pacha s’enfuyant d’Omm Durman.
«Vois-tu, me demanda Hamed, cette bande large, grisâtre qui partage la contrée du nord au sud-ouest. C’est la grande route des caravanes conduisant de Berber à Wadi Gamer et à Dar Sheikhieh. Si nous la franchissons sans être vus, nous n’aurons plus rien à craindre, car entre cette voie et le fleuve le terrain est caillouteux, sans végétation, sans un sentier et, par conséquent inhabité. Mais, écoutez mes conseils! Laissez aller vos chameaux lentement, à une distance de 500 pas l’un de l’autre; arrivés à la route, nous la suivrons pendant quelques minutes du côté de Berber, puis nous la quitterons pour nous diriger vers l’est. Voyez-vous cette colline pierreuse à environ cinq ou six kilomètres? C’est là que nous nous réunirons. De cette manière seulement, nous pourrons détourner, le cas échéant, ceux qui voudraient nous poursuivre.»
Nous ne rencontrâmes personne, quoique la route soit très fréquentée et peu après, nous gravissions la colline.
«Avançons maintenant et ne ménagez pas les chameaux afin qu’ils nous rendent un dernier service, ajouta-t-il en riant, tout va bien jusqu’ici.»
Depuis mon départ d’Omm Derman je ne l’avais pas vu rire une seule fois; je savais que, de ce côté du fleuve, nous n’avions plus rien à craindre. Alors, en avant! Impitoyablement, nous excitions et frappions nos bêtes; on atteignit enfin la Kerraba, après avoir laissé à main droite quelques monts.