Nous étions arrivés à Sherkela; vers midi, le calife me fit appeler auprès de lui.
«Abd el Kadir, dit-il, le Français voyageur vient d’arriver et je l’ai fait amener ici; attends-le auprès de moi, peut-être aurais-je besoin de toi.»
Quelques minutes après, apparut aussi Husein Pacha qu’il avait également fait appeler.
Il se passa un certain temps jusqu’à ce que le moulazem du calife annonçât que l’étranger se trouvait devant la porte. Le calife donna ordre de le faire entrer.
C’était un jeune homme élancé, d’environ trente ans, de force moyenne, le visage fortement brûlé du soleil, il portait des moustaches et de légers favoris blonds; il était vêtu de la gioubbe et du turban; il salua avec un «salam aleikum» le calife qui, sans se lever de son angareb, l’invita à s’asseoir.
«Pourquoi es-tu venu ici et que veux-tu de nous?» furent les premières paroles pleines de défiance que le calife lui adressa.
L’étranger essaya de répondre en langue arabe, mais il put seulement faire comprendre qu’il était Français et qu’il était arrivé ici venant directement de France.
«Parle avec Abd el Kadir, répliqua le calife interrompant l’étranger au milieu de son discours incompréhensible, il me fera part de tes intentions.»
L’étranger me regarda d’un air méfiant et me salua en langue anglaise.