«Je ne suis pas Anglais, répondis-je en m’avançant, parlez français; abrégez, et arrivez immédiatement à la cause de votre voyage ici. Plus tard nous trouverons l’occasion de parler ensemble en confidence.»
«Pourquoi t’entretiens-tu avec lui si longtemps, Abd el Kadir; je veux apprendre ses intentions, et tout de suite, s’écria le calife.»
«Je lui apprenais quel était mon nom, répondis-je, et le sommais de dire la vérité, car toi et le Mahdi vous êtes des hommes éclairés par Dieu, vous connaissez les pensées des hommes et vous savez lire dans leur cœur.»
Husein Pacha, qui était assis à côté de moi, dit rapidement: «C’est la vérité, et que Dieu prolonge leur vie; mais tu as bien fait de rendre l’étranger attentif.»
Le calife se calma et dit tranquillement: «Cherche à savoir la vérité.»
«Mon nom est Olivier Pain, me répondit alors l’étranger dans sa langue maternelle, et je suis Français. Déjà, depuis ma première jeunesse, je m’intéressai au Soudan et j’avais des sympathies pour ces populations; je ne suis pas le seul, car tout mon pays éprouve ce sentiment. Mais il y a sur notre continent des nations avec lesquelles nous vivons en inimitié. L’une de celles-ci est la nation anglaise qui s’est établie en Egypte, tandis que l’un de ses généraux, Gordon, commande à Khartoum. Je suis venu pour vous offrir mon alliance et celle de ma nation.»
«Quelle alliance?» demanda le calife, auquel j’avais traduit mot à mot le discours d’Olivier Pain.
«Moi-même je ne puis vous aider que de mes conseils, ajouta Olivier Pain, mais ma nation serait prête à gagner votre amitié, à vous soutenir aussi par des actes et à vous livrer de l’argent et des armes.»
«Es-tu mahométan?» demanda le calife comme s’il n’avait pas entendu les derniers mots.