«Oui, je suis depuis longtemps un fervent de cette religion, à laquelle j’ai adhéré publiquement à El Obeïd.»
«Bien, dit le calife en se tournant vers moi, reste avec Husein auprès du Français, je vais avertir le Mahdi et reviendrai ensuite auprès de vous.»
Lorsqu’il nous eut quittés, je serrai la main d’Olivier Pain et je le présentai à Husein Pacha. Quoique sa proposition énoncée par lui sérieusement à ce qu’il semblait, de soutenir mes ennemis, m’intéressât d’une façon toute particulière, je lui recommandai d’être avant tout prudent dans ses discours et de se donner comme poussé à venir ici plutôt par l’amour de la religion que par des visées politiques.
Husein Pacha était dans son for intérieur très sévère pour les rôdeurs.
«Vous appelez en Europe «des politiques,» me dit ce dernier en arabe, des gens qui ne sortent de chez eux que pour tuer des hommes, pour ramasser du butin, pour emmener en esclavage des femmes et des jeunes filles de notre religion, vous les soutenez et vous leur offrez de l’argent et des armes! Mais, si un pauvre homme de notre race achète un nègre qui ne se distingue d’un animal que parce qu’il peut dire quelques mots et l’emploie à cultiver son champ, vous appelez cela un péché, une horreur et vous vous arrogez le droit de punir une telle action.»
«Malêche (cela ne fait rien, phrase destinée à tranquilliser et continuellement employée), dis-je à Husein Pacha, celui qui vit longtemps voit beaucoup.»
Le calife revint bientôt et nous ordonna de procéder à nos ablutions pour prendre part avec le Mahdi à la prière de midi.
Nous obéîmes à son injonction et suivîmes le calife au lieu du culte où, à la nouvelle de l’arrivée d’Olivier Pain, une immense foule s’était rassemblée exprimant les avis les plus absurdes sur le nouveau venu. A peine avions-nous pris place, Olivier Pain au second rang, que le Mahdi parut. Il portait une belle gioubbe fraîchement lavée, parfumée de toutes les odeurs possibles; son turban était enroulé autour de la tête avec un soin particulier; ses paupières peintes avec du cohol, afin de donner plus d’éclat à son regard. Il me fit l’impression d’avoir attaché de l’importance à paraître aussi avantageusement que possible aux yeux de l’étranger. Il semblait flatté qu’un homme fût venu de si loin pour le voir et lui offrir son concours.
S’asseyant sur une peau de bête, il nous appela tous auprès de lui et, regardant Olivier Pain, tandis qu’il souriait toujours, il reçut son salut avec bienveillance, mais ne lui tendit pas la main. Puis il lui ordonna d’expliquer les motifs de sa venue, et m’invita à servir d’interprète comme je l’avais fait précédemment.
Olivier Pain recommença la même histoire qu’il avait racontée déjà au calife. Le Mahdi m’invita à parler aussi fort que possible afin que la foule curieuse qui nous écoutait put tout entendre et comprendre. Lorsque nous eûmes fini, le Mahdi dit à haute voix: