«Tu as entendu, continua le calife, les paroles que le Mahdi a adressées au Français. Nous ne voulons pas d’alliance avec les infidèles et nous vaincrons nos ennemis sans leur concours.»
«Certainement, fis-je observer, c’est pourquoi cet homme est inutile ici; il doit retourner près de son peuple et faire connaître à ses compatriotes les victoires du Mahdi et de son général le calife.»
«Peut-être plus tard, dit celui-ci, pour le moment je lui ai ordonné de rester auprès de Zeki Tamel qui s’occupe déjà de lui.»
«Il lui sera difficile de se faire comprendre, car il connaît peu la langue arabe.»
«Dans son voyage jusqu’ici, il n’avait pourtant aucun interprète, interrompit le calife, du reste, je te permets de lui rendre visite.»
Il me parla ensuite d’autres choses et me montra les chevaux que Zogal venait de lui envoyer du Darfour et dont je reconnus plus d’un.
Après avoir quitté le calife, je cherchai Olivier Pain et le trouvai à l’ombre d’une tente trouée, la tête appuyée dans les mains, et réfléchissant. En m’apercevant, il se leva et vint à ma rencontre.
«Je ne sais que penser; on me donne l’ordre de rentrer ici, on m’y apporte mes bagages; un certain Zeki, me dit-on, s’occupera de moi. Pourquoi ne me laisse-t-on pas avec vous?»
«C’est dans le caractère du Mahdi et particulièrement dans celui du calife de contrarier les désirs de chacun. Ils appellent cette règle de conduite: Eprouver la patience, la soumission et la foi d’un homme, lui répondis-je pour le calmer. Vous n’avez rien à craindre. Le calife peut se défier peut-être jusqu’à un certain point de nous deux et ne pas désirer que nous soyons toujours ensemble pour trouver peut-être l’occasion de critiquer sa manière d’agir. Mais voici justement Zeki Tamel qui a été autrefois mon compagnon dans plus d’un combat. Je veux vous recommander à cet homme».
J’allai à la rencontre de Zeki Tamel qui me salua et s’informa de ma santé.