«Ami, lui dis-je, cet homme est étranger et c’est ton hôte. Je le recommande à ta bienveillance. Au nom de notre ancienne amitié, je te prie d’être aimable et indulgent avec lui.»
«Je ne le laisserai certainement manquer de rien, autant que cela sera en mon pouvoir; mais, me dit-il à voix basse, le calife m’a défendu de le laisser avoir des rapports avec d’autres personnes, et c’est pourquoi je dois te prier de ne venir le voir que rarement.»
«La défense ne me concerne pas, répliquai-je, car je viens justement de chez notre maître qui m’a accordé la permission de visiter ton hôte quand cela me conviendrait; donc, encore une fois, je te prie, prends soin de lui.»
Je retournai auprès d’Olivier Pain et l’exhortai au courage. Je lui dis que le calife désirait qu’il n’eût pas de rapport avec ses gens, ce qui serait préférable pour lui, car il courait d’autant moins le risque d’être calomnié par eux. Je lui promis de lui faire visite aussi souvent que possible.
Le lendemain matin, retentit le gros tambour de guerre du calife; cet instrument était nommé mansoura, le victorieux. C’était le signal du départ.
Nous marchions seulement depuis le matin jusqu’à midi et nous n’avancions que lentement. Comme à midi nous établissions notre campement, je cherchai Olivier Pain et le retrouvai à l’ombre de sa tente. Il se sentait bien physiquement, mais se plaignait de la mauvaise nourriture. Zeki, qui pendant notre entretien était survenu, m’assura qu’il lui avait envoyé deux fois de l’asida, mais que Pain n’en avait presque pas pris. Je lui répondis que cet étranger n’était pas encore habitué à ce plat du pays, c’est pourquoi je promis de lui envoyer chaque fois que je le pourrais un autre mets par mon domestique. Aussitôt rentré chez moi, je fis préparer un peu de soupe et de riz qu’on porta à Olivier Pain.
Le soir, le calife me demanda si j’avais vu Pain.
«Oui,» lui dis-je.
Je lui racontai alors qu’il n’était pas encore habitué à notre asida et que, si on l’obligeait à en manger, il tomberait probablement malade. Je lui demandai la permission de lui envoyer de temps en temps une nourriture plus légère, ce à quoi il consentit.