Mais il se détourna, en secouant tristement la tête.
Le jour du Baïram, le Mahdi fit la prière à haute voix, puis lut la Khoudba (le sermon) pendant lequel, devant tout le peuple, il se prit à sangloter abondamment. Nous autres, infidèles, nous savions que, lorsqu’il pleurait, il méditait toujours quelque mauvaise action. Aussi, sa prédication et ses pleurs excitèrent-ils au combat ces milliers d’hommes, facilement irritables, accourus en masse des provinces du Nil.
Après deux jours de repos, nous reprîmes notre route marchant comme de véritables tortues; les pèlerins affluaient de toutes les contrées du Soudan.
Pain allait toujours plus mal; on craignit le typhus; il était absolument abattu.
Un jour, il me pria de demander au Mahdi un secours en argent: les nègres qui le servaient ne cessaient de mendier.
Le Mahdi fit aussitôt prendre dans le Bet el Mal cinq livres égyptiennes et me les remit en faisant des vœux pour le prompt rétablissement du malade.
Comme je communiquai au calife l’état grave de Pain et le secours du Mahdi, il me reprocha d’avoir demandé de l’argent au Mahdi sans m’être adressé à lui, au préalable.
«S’il meurt au milieu de nous, ajouta-t-il, il peut s’estimer heureux, car la bonté et la toute-puissance divine l’ont arraché à sa tribu: d’un infidèle, elles ont fait un fidèle.»
Quatre jours après, Olivier Pain était si faible qu’il pouvait à peine se soulever. Depuis deux jours il ne touchait plus aux aliments que je lui envoyais.