Il me tendit sa main amaigrie.

«Ma dernière heure est arrivée; je le sais, me dit-il. Laissez-moi vous remercier de votre amabilité et de vos soins. Une prière encore: si jamais vous êtes libre et que vous alliez à Paris, portez à ma femme et à mes enfants les derniers adieux d’un malheureux.» Tandis qu’il prononçait ces mots, deux grosses larmes coulaient le long de ses joues. Je l’encourageai encore et j’assurai qu’il n’avait aucune raison de perdre toute espérance.

Les tambours de guerre qui battaient alors m’obligèrent à le quitter.

Je laissai auprès de lui un de mes domestiques, nommé Atroun. En route, je m’entretins avec le calife de l’état du malade et le priai de lui laisser quelques jours de repos dans le plus prochain village. Le calife ne prit aucune décision et me pria de lui reparler de Pain dans le courant de la soirée.

Mais à la tombée de la nuit, Atroun s’avança.

«Où est Youssouf? (c’est ainsi qu’on appelait Olivier Pain)» lui demandai-je tout inquiet.

«Mon maître est mort; c’est pourquoi nous nous sommes tant trouvés en retard.»

«Mort?» répétai-je bouleversé.

«Oui, mort, répéta Atroun, nous l’avons même déjà enterré!»