«Ton amitié avec Salih woled el Mek et ta correspondance avec Gordon t’ont rendu suspect; tu t’es détourné de nous; c’est pourquoi j’ai ordonné d’employer la force pour te ramener dans la bonne voie.»

«Je ne fais point mystère de mon amitié avec Salih, une de mes vieilles connaissances; je crois même qu’il vous est fidèle. Quant à mes lettres à Gordon, le Mahdi ne m’a-t-il pas obligé de les écrire?»

«Obligé d’écrire ce qu’elles contiennent?» interrompit le calife.

«Je crois avoir rendu l’idée du Mahdi: personne, au reste, si ce n’est Gordon et moi, ne sait ce qu’elles renferment. Je ne te demande pas grâce, mais justice, maître; que ton oreille ne se laisse point tromper par les influences mensongères de mes ennemis.»

«Je suis juste. Il est en ton pouvoir d’adoucir ton sort.....» s’écria fièrement le calife, puis il me quitta.

Toute réclamation eut été inutile et même superflue. Je le connaissais trop bien.

J’essayai de dormir. L’agitation, mes fers, ne me laissèrent aucun repos et cette nuit fut encore une nuit d’insomnie.

Au lever du soleil, Abou Anga vint m’apporter quelque nourriture. Il s’assit près de moi.

Je remarquai les plats et leur contenu: il m’avait fait préparer un vrai festin: poulet, lait, riz, miel, viandes rôties, asida..... Il m’engagea à y goûter. Je lui répondis que je n’avais nullement l’envie de faire actuellement un «repas de fête».