«Tu as peur, Abd el Kadir, me dit-il, que tu ne veux prendre aucune nourriture?»
«Je n’ai aucune crainte, lui répondis-je, tu dois le comprendre. Pour t’être agréable, je mangerai pourtant.»
Et tandis qu’il célébrait lui-même l’excellence de son repas, j’y goûtai.
«Le calife, reprit-il, t’a quitté hier, complètement désillusionné; il espérait te trouver soumis, il t’a trouvé opiniâtre. Je crois, néanmoins, que tu n’as rien à craindre.»
«Je ne puis pourtant pas me jeter à ses pieds et implorer son pardon pour un crime ou une faute qui n’existe que dans son imagination; je suis en son pouvoir, qu’il fasse de moi ce que bon lui semblera.»
«Demain, ajouta-t-il, nous assiégerons Khartoum ou nous prendrons la ville d’assaut. Je demanderai au calife qu’il te laisse chez moi; cela te sera plus supportable que la prison commune.»
Je le remerciai et il prit congé de moi.
Je restai toute la journée seul. Dans le lointain j’aperçus mes chevaux et mes domestiques devant la tente d’Abou Anga: c’était mon seul avoir!
Vers le soir, un de mes jeunes garçons vint à la dérobée, m’avertir qu’il avait l’ordre de rester chez Abou Anga.