L’adresse manquait. Comme personne ne comprenait un mot de français dans le camp, le calife avait dû venir me trouver.
«Eh! bien, dit-il avec impatience, voyons, as-tu compris le contenu?»
«Gordon lui-même a écrit ces lignes; les mots sont en français, mais c’est là une écriture chiffrée, de convention, que je ne puis malheureusement pas comprendre.»
«Que dis-tu, s’écria-t-il tout agité, explique-toi!»
«Je déclare que ces caractères sont particuliers; je ne peux les déchiffrer ni en découvrir le sens, parce que chaque mot a une signification spéciale dont seul un initié possède la clef; c’est ce que nous appelons «l’écriture chiffrée». D’autres fonctionnaires pourront te confirmer mon dire, puisque tu parais douter de ma parole.»
«On m’a affirmé, remarqua-t-il sans réfléchir, tant il était en colère, que les noms d’Elias Pacha et d’Abou Gerger se trouvent dans ce message.»
«Celui qui te l’a fait remarquer, a dit la vérité; je vois, en effet, qu’on les cite, mais à quel propos, c’est ce que je ne saurais t’expliquer. Peut-être celui qui a pu lire avant moi ces noms, réussira-t-il. Je vois aussi le nombre de 10,000; mais s’agit-il de soldats, s’agit-il d’autre chose; je n’en sais rien?»
Il reprit le papier et se leva.
«Pardonne-moi, ajoutai-je; c’est avec plaisir que je t’aurais donné une preuve de ma fidélité pour recouvrer ta grâce qui m’est précieuse; mais, c’est au-dessus de mon pouvoir. Tes secrétaires t’expliqueront mieux que moi encore la signification du mot «chiffré».
«Que je connaisse ou non la signification de ces lignes, Gordon tombera et Khartoum nous appartiendra,» murmura-t-il en s’en allant.