«Si le calife te parle, ajouta-t-il, réponds-lui d’une façon aimable, tu n’as pas besoin de t’humilier, mais tu ne dois le contredire en rien; Dieu l’ordonne ainsi.»

Je fis part de cet heureux message à Lupton qui était justement dans un de ses moments critiques, en le prévenant pourtant de ne pas y ajouter une foi absolue.

Quelques jours après, on nous annonça la visite du calife; je préparai un beau discours; Lupton en fit de même; mais.... le calife nous adresserait-il la parole?

Le moment tant souhaité arriva. Le calife, au lieu d’aller vers les prisonniers, s’assit, cette fois-ci, sur son angareb à l’ombre de la maison en construction. Il nous ordonna de nous approcher de lui et de nous asseoir en formant un demi-cercle. Il s’entretint avec beaucoup d’entre nous, accorda la liberté à quelques-uns de ceux qu’il avait fait enfermer; à d’autres que le cadi avait arrêtés et qui se plaignaient de leur condamnation, il promit de s’occuper d’eux.

Il eut pour la plupart une parole amicale; mais quant à Lupton et moi, il ne parut pas nous apercevoir. Lupton me lançait des regards et remuait impatiemment la tête; je portai, à la dérobée, mon doigt à la bouche pour tâcher de l’inviter au silence.

«Puis-je m’en aller ou ai-je encore quelque chose à faire?» demanda le calife au Sejjir qui se tenait derrière son angareb; puis il feignit de s’éloigner.

«Maître, fais ce qu’il te semblera bon», répondit le Sejjir, tandis que le calife s’asseyait de nouveau. Il jeta, comme par hasard, son regard sur moi et me demanda, ainsi qu’il l’avait fait lors de sa première visite: «Abd el Kadir, te portes-tu bien?»

«Permets que je parle, lui dis-je, je t’expliquerai ma situation».

Il s’assit commodément et m’écouta: