«Nous nous sommes décidés, ajouta-t-il, à répondre en ce sens que vous êtes maintenant mahométans, appartenant à notre parti, et que nous ne sommes nullement disposés à vous échanger contre d’autres—fût-ce même des parents du Mahdi.—Ils peuvent faire de leurs prisonniers ce que bon leur semblera, à moins que.... vous ne désiriez retourner auprès des chrétiens?...»

Lupton et moi, nous déclarâmes solennellement alors que, pour tous les trésors du monde, nous ne le quitterions pas volontairement, persuadés que nous étions, que seulement auprès de lui, le salut de notre âme pouvait s’accomplir pleinement. Ravi de nos.... mensonges, il promit de nous présenter au Mahdi, le jour même.

La rekouba étant située dans la cour extérieure, les gens en avaient la libre entrée; aussi, dès qu’on sut notre présence en cet endroit, nombre de nos amis vinrent nous féliciter. Même Dimitri Zigada, qui demeurait avec ses compatriotes, eut le courage de nous rendre visite. Mon ami esh Sheikh se présenta aussi; quand il apprit que nous devions être conduits auprès du Mahdi, il profita de cette occasion pour me renouveler ses précieux conseils.

Vers le soir, le calife nous pria de le suivre dans la cour intérieure où nous trouvâmes le Mahdi assis sur un angareb. Depuis que je ne l’avais revu, il avait pris un tel embonpoint que je le reconnus à peine. Nous nous prosternâmes et lui présentâmes nos respectueuses salutations. Il commença par nous assurer qu’il n’avait jamais voulu que notre bien, qu’il le voulait encore et que les fers exercent sur l’homme une influence heureuse et durable; il sous-entendait par là, la crainte d’encourir d’autres punitions. Il parla ensuite de ses parents arrêtés par les Anglais, et de l’échange proposé, mais refusé par lui.

«Je vous aime plus que mes frères, c’est pourquoi j’ai refusé,» dit-il en terminant son discours hypocrite.

Je l’assurai, lui aussi, de notre affection et de notre soumission, car, ajoutai-je «celui qui ne t’aime pas plus que lui-même, à celui-là la croyance n’est point encore ferme dans son cœur.»[3]

«Répéte, répéte, me dit-il!»

Et se tournant vers le calife:

«Ecoute!»

Je recommençai ma phrase, puis il me prit la main.