«Tu as dit la vérité, aime-moi plus que toi même!»

Il invita Lupton à joindre sa main aux nôtres et nous arracha la «Baïa» le serment de fidélité; que nous avions rompu par notre trahison et devions renouveler.

Le calife nous fit comprendre qu’il était temps de le quitter. Après avoir remercié le Mahdi pour tant de bontés, nous regagnâmes notre rekouba, y attendant des ordres ultérieurs.

Lupton eut la permission, de se rendre immédiatement auprès des siens et d’y rester; un moulazem l’accompagna jusqu’à la tente du Bet el Mal où se trouvait sa famille. Le calife, qui lui promit de pourvoir à son entretien, resta seul avec moi.

«Et toi, me demanda-t-il, en me fixant, où veux-tu aller? as-tu quelqu’un qui se chargerait de toi?»

«A part Dieu et toi, maître, je n’ai personne; fais de moi ce que tu croiras bon pour mon avenir.»

«J’attendais, je désirais cette réponse de ta bouche. Dès ce moment, je te considère comme membre de ma famille. Je veillerai à ce que tu ne manques de rien. Je m’occuperai moi-même de ton éducation, mais aux conditions suivantes: tu rompras toute relation avec tes amis d’autrefois et avec tes connaissances; je fais exception pour mes parents et mes domestiques.

«Pendant le jour, tu te tiendras à ma porte avec mes moulazeimie; la nuit, et seulement quand je serai couché, tu pourras te rendre à la maison que je vais t’assigner aussitôt. Quand je sortirai, tu m’accompagneras; si je suis monté, tu iras à pied à mes côtés, jusqu’à ce que je juge le moment venu de te donner une bête de selle. Ces conditions te conviennent-elles et les rempliras-tu?»