C’est pourquoi il fut très satisfait de ma réponse et commença à s’entretenir avec moi au sujet d’Abou Anga. Tout à coup il s’interrompit:
«Tu es mahométan? Où donc as-tu laissé tes femmes?»
Question épineuse!
«Seigneur, dis-je, je n’en ai qu’une; elle est restée au Darfour et elle doit être maintenant retenue avec mes autres domestiques dans le Bet el Mal, à El Obeïd, par le Sejjid Mahmoud.»
«Ta femme est-elle de ta race?» demanda-t-il avec curiosité.
«Non, elle est du Darfour et ses parents sont tombés dans les combats avec le sultan Haroun. Je l’ai trouvée orpheline parmi mes gens, au milieu de beaucoup d’autres que j’ai mariées à mes domestiques et à mes soldats.»
«As-tu des enfants?» me demanda-t-il.
Sur ma réponse négative, il fit cette remarque: «Un homme sans postérité est un arbre sans fruits. Comme tu appartiens à ma maison, je te donnerai des femmes et tu pourras être le père d’une heureuse famille.»
Je le remerciai de son obligeance et le priai, avant de me faire de tels cadeaux, d’attendre au moins que j’eusse fini de construire mes huttes.
Comme indemnité pour mes biens pris par Abou Anga, il ordonna à Fadhlelmola de me remettre la succession du pauvre Olivier Pain qui me fut envoyée aussitôt. Elle se composait d’une vieille gioubbe, d’un manteau arabe déchiré et d’un Coran en français. Les autres biens, me fit dire Fadhlelmola, avaient été perdus durant les événements.