«Je t’engage, dit-il, à me servir fidèlement, je te considère comme mon fils et j’ai à ton égard les meilleures intentions. Le Coran promet une récompense aux fidèles et condamne les traîtres; Younis t’aime et écoutera tes avis. Si tu vois qu’il entreprend quelque chose de désavantageux, avertis-le. C’est ton maître, cependant je lui ai dit que je te considérais comme mon fils et il t’écoutera.»

«Je m’efforcerai d’accomplir tes désirs, répondis-je, mais Younis est le maître, il agira à son idée; je te prie de ne pas attribuer à ma mauvaise volonté et de ne pas me rendre responsable, s’il arrive quelque chose qui te déplaise.»

«Tu n’as que le droit de parler et non celui d’agir; s’il t’écoute, c’est bon; sinon, c’est son affaire,» dit le calife; puis, il se mit alors à m’entretenir du Darfour. Il m’apprit que depuis longtemps il avait ordonné à Mohammed Khalid de venir dans le Kordofan avec toutes ses armées et de laisser au Darfour quelqu’un de sûr qui put le remplacer. Mohammed avait répondu qu’il ne trouvait personne dans sa parenté; mais après des appels réitérés il était maintenant sur le point de venir et se trouvait peut-être en chemin.

«Crois-tu qu’il vienne et qu’il suive exactement mes ordres? me demanda le calife. Voyons, tu le connais mieux que les autres.»

«Sans doute, il viendra, répondis-je, car il est trop peureux pour oser résister.»

«J’espère que tel est le cas, dit-il, car un subalterne peureux est plus facile à guider qu’un brave qui regimbe.» L’entretien durait depuis longtemps et j’allais demander la permission de me retirer lorsque le calife fit signe à un eunuque de s’approcher et lui parla à voix basse. Je connaissais mon maître; cette action ne m’annonça rien de bon.

«Je t’ai déjà ordonné de ne pas fatiguer davantage tes serviteurs qui arrivent de voyage et de me les laisser; Younis s’occupera d’eux. Je veux te donner une femme, afin que si tu tombes malade, tu aies quelqu’un pour te soigner. Elle est bien faite et non comme celle qu’Ahmed woled Soliman t’a envoyée,» ajouta-t-il en riant et en faisant signe à la femme qui venait d’entrer, de s’approcher de nous.

Elle enleva son voile; et je dus reconnaître que malgré sa couleur noire elle était très jolie.

«Elle a été ma femme, elle est bonne et patiente, ajouta-t-il. Mais j’en ai beaucoup, c’est pourquoi je lui donne la liberté. Tu mérites de la posséder.»

J’étais fort embarrassé et réfléchissais au moyen de refuser le don sans offenser le donateur.