Dans le Bet el Mal il y avait un grand nombre d’objets en argent; beaucoup avaient été vendus au-dessous de leur valeur et avaient été enlevés secrètement par des marchands, pour les revendre en Egypte. Afin d’empêcher que ces métaux continuassent à sortir du pays on décida de frapper de la monnaie.

Une nouvelle source de revenu fut la réorganisation du marché aux esclaves. On le plaça près du Bet el Mal et les vendeurs furent tenus de se procurer un papier affirmant que l’objet de vente était dûment propriété du vendeur. On prélevait sur cette déclaration une certaine taxe.

Ibrahim Adlan fit également organiser des bâtiments pour les finances, aussi commodes que possible. Il les transféra vers le fleuve, fit construire d’immenses murailles et édifier une suite de bâtiments pour lui, pour ses secrétaires, pour les caisses et la pharmacie, où l’on apporta les médicaments qui avaient échappé au sac de Khartoum; enfin il fit ajouter un grand nombre de magasins pour les marchandises, etc.

Plein d’ambition, voulant être le premier après le calife, il fit tout pour gagner les faveurs de celui-ci, même aux dépens de son prochain.

La justice était entre les mains des cadis à la tête desquels se trouvait Ahmed woled Ali, cadi el Islam.

Le calife ne pouvait guère trouver un serviteur plus fidèle et plus dévoué que le cadi el Islam. En toute occasion il cédait aux désirs de son maître et pour servir ses caprices, il n’hésitait pas à commettre les plus grandes injustices et à sacrifier même des vies d’hommes.

Mais pour faire paraître plus justes les sentences de son tribunal, le calife déclarait publiquement qu’il s’y soumettait toujours et demandait que tous ceux qui se croyaient opprimés ou lésés par lui, l’accusassent devant le cadi. Un brave homme des environs du Nil Blanc prit une fois cette déclaration au sérieux et cita le calife devant le cadi pour lui avoir ôté peu de temps auparavant sa place d’émir. A la suite de cette sommation, le calife se rendit humblement devant ses juges dans la djami où une foule curieuse, inspirée par l’amour de la justice de leur maître s’était réunie. Le plaignant nommé Abd el Minem, prétendit avoir été privé de sa place d’émir injustement, place qu’il avait obtenue déjà durant la vie du Mahdi. Le calife avait, en effet, soupçonné Minem d’appartenir au parti du calife Chérif et l’avait destitué pour cette raison.

Le calife déclara qu’à plusieurs reprises, ayant eu besoin de lui, il ne l’avait trouvé ni dans sa demeure ni dans aucun lieu de prières et que par conséquent coupable de tiédeur des affaires religieuses, il lui avait enlevé sa place. Le tribunal, sans autre forme de procès, rendit une sentence en faveur du calife. Le plaignant fut fouetté jusqu’au sang et jeté en prison. Peu s’en fallut qu’il ne fut lynché par la foule qui ne comprenait pas du tout de quoi il était question.

De tous côtés furent célébrées les louanges du calife, successeur du Mahdi, représentant du Prophète et qui par amour de la justice se soumettait humblement au verdict du cadi.