Le calife ne manqua, dans aucune occasion publique, d’accuser d’ingratitude et de trahison les Ashraf en général et Mohammed Khalid en particulier, toujours à la recherche d’un motif de les affaiblir davantage et de les rendre absolument inoffensifs.
La tension toujours existante entre les deux camps s’aggrava et aboutit enfin à une révolte des Ashraf à Omm Derman, révolte qui permit au calife de mettre enfin à exécution les projets qu’il caressait depuis longtemps.
CHAPITRE XV.
Le calife et ses adversaires.
Révolte des Ashraf.—Fuite du P. Ohrwalder et des deux sœurs.—Le calife se venge des Ashraf.—Arrestation et mort des oncles du Mahdi.—Zeki Tamel à Omm Derman.—Arrestation du calife Chérif.—Point de fumée sans feu.—Emigration forcée.—Tristes nouvelles d’Autriche.—Malaise du calife.—Le sort d’une grue.—Chute de Zeki Tamel.—La bataille d’Agordat.—Défaite de Kassala.—Chute du cadi Ahmed.—L’Etat du Congo à l’Equateur et au Bahr el Ghazal.—Refus d’une demande en mariage.
Le calife Mohammed Chérif et les deux jeunes fils du Mahdi à peine âgés de 20 ans, résolurent avec leurs autres parents de secouer le joug du calife et de reconquérir le Gouvernement par la force. Ils confièrent leurs plans sous le sceau du secret à leurs amis et compatriotes d’Omm Derman et gagnèrent à leur cause au moyen de leur intermédiaire les Danagla résidant au Ghezireh. Ils croyaient être sûrs de leurs conjurés, quand un émir de la tribu des Djaliin les trahit. Bien qu’il eût prêté serment qu’il ne confierait son secret qu’à son frère ou à son plus fidèle ami, il communiqua au calife tous les détails du complot, déclarant qu’il le considérait comme son plus fidèle ami!
Le calife prit aussitôt des mesures défensives; les Ashraf ayant aussi des espions remarquèrent des menées mystérieuses contre eux et se rendirent compte que leurs projets étaient découverts. Ils se réunirent en toute hâte dans leur quartier, au nord de la maison du calife, et se préparèrent au combat.
Tous les Ashraf et leurs partisans les Danagla se rassemblèrent dans les maisons voisines de la Koubbat du Mahdi; les bateliers et les matelots quittèrent leurs vaisseaux pour combattre et vaincre pour leur soi-disant droit, ou, comme ils le prétendaient pour la religion mal interprétée. On fit voir le jour aux armes, tenues cachées depuis longtemps par crainte du calife qui en interdisait le port, à peine 100 fusils Remington avec des munitions insuffisantes et de vieux fusils pour la chasse aux éléphants.