12 juin.—A quatre heures du matin nous partons, les voiles hissées sur les traîneaux. La gelée de la nuit dernière a durci la neige; aussi, poussés par la brise, espérons-nous avancer rapidement et facilement.
NANSEN REPOUSSANT L'ATTAQUE D'UN MORSE
La veille, une éclaircie nous a permis de reconnaître les terres avoisinantes. Pour atteindre la pointe méridionale de l'île située dans l'ouest, nous devons mettre le cap un peu plus à l'ouest que les jours précédents. Les terres jusque-là visibles dans l'est ont maintenant disparu et, de l'autre côté, s'ouvre un large détroit[45].
[45] Le détroit entre les îles Northbrook et Bruce et Peterhead sur la terre Alexandra.
Entre temps la brise a molli et la glace est devenue très accidentée. Nous nous trouvons maintenant sur un pack formé de drift ice[46] dont la traversée est très difficile.
[46] Glaçons de faibles dimensions. (Note du traducteur.)
La couleur foncée du ciel indique l'existence d'eau libre dans le sud, et, à notre grande joie, nous entendons le bruit du ressac. A six heures du matin, nous faisons halte. Du sommet d'un hummock, où je me suis installé pour prendre une observation de longitude, j'aperçois, à une petite distance, une nappe d'eau s'étendant vers le sud-ouest.
Bien que le vent souffle maintenant de l'ouest, nous espérons pouvoir faire voile le long de la banquise et, dans cette pensée, nous nous dirigeons immédiatement vers l'eau libre. Bientôt nous sommes à la lisière de la glace. Une fois encore nous voici devant la mer vivante et animée. Quel plaisir d'entendre son joyeux clapotis, après l'avoir vue si longtemps inerte sous une lourde carapace cristalline. Les kayaks sont lancés, attachés bord contre bord, la voile hissée, aussitôt après, en route!
Notre espoir n'a pas été déçu. Toute la journée nous faisons de rapides progrès. Par moments le vent est si violent que les embarcations piquent le nez dans la «plume» et sont balayées par les vagues. Nous sommes trempés, mais la joie de la délivrance prochaine nous réchauffe.