Après avoir doublé le promontoire sur lequel nous gouvernions, nous découvrons que la ligne de côte est orientée est-ouest et que la banquette de glace côtière suit la même direction; en même temps, à notre grande satisfaction, à perte de vue, devant nous, s'étend l'eau libre.

Bientôt nous voici au sud de cette terre, à travers laquelle nous marchons depuis si longtemps et où nous avons passé un si pénible hiver[47]. Malgré tout, les lignes de cette côte méridionale me semblent concorder avec la carte de la terre François-Joseph dressée par Leigh Smith. Tout en faisant cette observation, je me rappelle la carte de Payer et ce souvenir chasse ma première pensée.

[47] Le cap Barents.

Dans la soirée, nous débarquons sur le bord de la banquette de glaces côtières, pour mouvoir un peu nos jambes ankylosées par ce long voyage en kayak. Nous nous proposons également de gravir un hummock afin d'examiner l'horizon dans l'ouest. Mais comment amarrer nos précieuses embarcations?

«Prends une drisse, me dit Johansen, qui est déjà sur la glace.

—Est-elle assez forte?

—Oui, elle a tenu toute la journée la voile de mon traîneau, reprend mon camarade.

—Parfaitement. Il n'est du reste pas besoin d'un câble bien fort pour retenir ces légères embarcations.»

Et je les amarre au moyen de cette drisse faite d'une lanière de peau de morse.

Nous nous promenons de long en large près des kayaks pour nous dégourdir les jambes. La brise a maintenant molli et paraît descendre de plus en plus dans l'ouest. Pourrons-nous continuer notre navigation avec ce vent? Pour nous en assurer, nous gravissons un monticule de glace voisin.